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Essai Bentley Blower : une virée à bord d’une anglaise de 92 ans !

Bentley a organisé des galops d’essai de sa Blower, dans le cadre de la Monterey Car Week. Un moment émouvant, qui met au jour que l’automobile des années 20 avait déjà beaucoup d’émotions à donner.

Elle est là. En enfilade des McLaren 720S, Porsche 356, Bugatti Veyron ou Koenigsegg. Mais les badauds n’ont d’yeux que pour elle. Le respect pour les ainés, sans aucun doute. La Bentley Blower en impose naturellement par son physique : 4,38 m de long mais un empattement de 3,30 m !

La Blower est une extrapolation du moteur 4,4 litres (appelé aussi 4 ½) auquel on a ajouté un compresseur. Ce moteur provient, avec deux cylindres en moins, du bloc 6 ½ qui a fait la réputation de la marque dans les années 20. Conçue au départ pour en faire des voitures de course à destination des 24 Heures du Mans, cette Bentley suralimentée sera fabriquée à 55 exemplaires en 1929 et 1930. Celle qui a été mise à notre disposition date de la seconde partie de production.

Une Bentley pour connaisseur

A son volant, on trouve l’une des deux seules personnes habilitées à conduire ce genre de voiture patrimoniale. IL faut dire que l’engin n’est pas facile à piloter, que sa restauration et son entretien demandent une grande attention, et que la cote moyenne du modèle est de 3,5 millions d’euros…

L’exemplaire en question n’a pas de palmarès sportif particulier, mais a battu un record du monde de vitesse, en 1931 sur le circuit de Brooklands, à 222,03 km/h. Et c’est là où se dit que pour rouler à cette vitesse avec un tel engin il fallait avoir un certain courage…

Installation sommaire

Pour grimper à bord, il convient d’utiliser un marche-pied puis, pour aller sur l’une des deux places arrière, de mettre le pied sur l’une des assises avant. Une fois en place, on s’aperçoit de la faible largeur du véhicule. Heureusement, on peut rouler avec le coude à l’extérieur. A l’arrière, la place pour les jambes est mesurée et les genoux remontent vers le menton. A l’avant, une fois qu’on s’est faufilé, que les jambes sont passées sous l’immense volant (à droite) ou sous la planche de bord, la place ne manque pas. Voilà une voiture de sport somme toute confortable, surtout pour l’époque.

En route !

Le pilote lance le quatre-cylindres, qui s’ébroue très facilement. Le tableau de bord de la Blower est assez complexe et offre des réglages de richesse ou d’alimentation en huile tout à fait délectables pour l’œil de l’automobiliste moderne. Les premiers tours de roue trahissent tout de suite la modernité de la voiture pour son époque. La souplesse mécanique surprend, la boîte de vitesses, qui nécessite d’être manipulée par un expert, nous ramène un peu plus en arrière.

Avec ses deux essieux rigides et sa suspension à lames, la Blower ne peut être la championne de la filtration. Son confort est forcément ferme, assez rebondissant, mais tout à fait correct. En virage, on ressent la force latérale exercée sur le châssis, et la retenue qui fait que la tenue de route est vraiment bonne. Mais il semble clair qu’il ne faudrait pas aller au-delà des lois de la physique, car le décrochage du train arrière ne serait pas, de toute évidence, très progressif. Avec de telles mensurations, une hauteur respectable et une transmission qui anime les roues arrière de manière assez brutale, il convient de rester mesuré sur l’accélérateur. Car de la puissance, il y en a : 240 ch aux roues arrière, évidemment sans aucune assistance électronique ni ABS, alors que le freinage est assuré par des tambours actionnés par câble. Avec un poids de 1 700 kg environ, la belle ne s’envole pas à l’accélération (le 0 à 100 km/h est effectué en 12 secondes), mais le ressenti de vitesse, dans cette carrosserie ouverte, est assez impressionnant. Comme à bord de toute machine ancienne, l’anticipation est mère de prudence, notamment lorsqu’on est quatre à bord, avec une carrosserie qui remonte au mieux au niveau de la taille et sans ceinture de sécurité.

Les pouces se lèvent

En pleine Monterey Car Week, les belles voitures ne manquent pas dans la région. Les Ferrari, Lamborghini, Porsche, Bentley, McLaren et autres curiosités à quatre roues sont très fréquentes. Aussi, les premiers à nous saluer, le pouce en l’air, furent les membres du club Pagani, qui devaient aligner par loin de 10 millions d’euros de voiture au bord du Pacifique, lorsque nous sommes passés à vive allure devant eux. Plus loin, deux jeunes sortent vivement d’une Lamborghini Aventador SVO pour voir la Blower évoluer de plus près. Cette voiture attise la curiosité et la sympathie, et nous prenons alors la mesure de la chance que nous avons d’avoir pris place dans un tel monument. Phénomène assez surprenant, et même si la belle roule sur des pneus à sa dimension mais fabriqués selon des techniques modernes, le comportement routier est surprenant pour une voiture de cette époque. Même remarque pour la disponibilité mécanique, souple à bas régime, coupleuse, mais qui n’hésite pas à monter dans les tours.

Contrairement aux apparences nous n’avons pas vraiment conduit la Blower, mais avons roulé à son bord avec un membre de la marque au volant.

Bilan de l’essai

Bien sûr, il s’agit d’une voiture entièrement refaite avec des pièces et des matériaux d’aujourd’hui, et la comparaison du ressenti avec le modèle d’origine est difficile. Mais la souplesse mécanique, le design et l’émotion sont bien présents, voire impressionnants pour une voiture de cet âge. Comme quoi les constructeurs anglais avaient tout de même un petit quelque chose de plus il y a maintenant près de 100 ans.

Fiche technique Bentley Blower

BENTLEY BLOWER
Années de production1929 à 1931
Production720 exemplaires pour la 4 1/2, 55 ex pour la Blower à compresseur
CatégorieSportive de luxe
Usine d’assemblageCrewe Angleterre
Moteur et transmission
CarburantEssence
Moteur4 cylindres en ligne
Position du moteurLongitudinale avant
Cylindrée4 398 cm3
Puissance240 ch
TransmissionAux roues arrières
Boîte de vitessesManuelle, 4 rapports non synchronisés
Poids et performances
Poids à vide4½ Litre : 1 625 kg 
Blower : 1 727 kg
Vitesse maximaleRecord à 222,03 km/h
ConsommationJusqu’à 4 L/min pour la Blower
Châssis – Carrosserie
CarrosserieTourer, Drophead Coupé et Sporting Four Seater
Châssis En treillis avec traverses renforcées ; carrosserie ouverte
Suspensions Essieu rigide, ressorts à lames
FreinsÀ tambour actionné par câble
Dimensions
Longueur4 380 mm
Largeur1 740 mm
Empattement3 302 mm
Voies AV/AR1 422 mm  / 1 422 mm