L'AGENDA DE L'AUTOMOBILE

F1 : le Grand Prix de France 2020 en cadeau de Noël ?

Journaliste de terrain, Daniel Ortelli a couvert la F1 pour l’AFP et publié l’ouvrage « Circuit Paul Ricard, Les Seigneurs de la F1 ». Désormais consultant occasionnel auprès de la FIA et de Red Bull, professeur à l’Ecole de Journalisme de Cannes, il vient de rejoindre l’équipe rédactionnelle de L’Agenda de l’Automobile en qualité de chroniqueur F1. Au lendemain de la dernière allocution d’Emmanuel Macron sur les conséquences de la crise sanitaire du Covid-19, il évoque des pistes pour l’édition 2020 du Championnat du monde F1 et le Grand Prix de France programmé au Circuit Paul Ricard.

Que vous inspirent les déclarations du président de la République ce lundi 13 avril, et le report probable (mais pas encore annoncé) du Grand Prix de France F1, initialement programmé du 26 au 28 juin 2020 au Circuit Paul Ricard ?

Daniel Ortelli – « Ce Grand Prix de France 2020 aurait dû avoir lieu, à quelques jours près, deux mois après le 50ème anniversaire du Circuit Paul Ricard. Ce sera non, car il y aura forcément plus de 100 personnes dans les stands et le paddock, au même moment, et que c’est un cas de figure interdit « jusqu’à la mi-juillet au moins », a dit le président lundi soir. C’est valable aussi pour les matches de football, les festivals de théâtre et de musique, donc il n’y aura pas d’exception, à mon avis ».

Dans les sphères dirigeantes du F1 Circus on s’agite, mais le fait-on dans le bon sens ?

D.O. – « La vraie question d’actualité et de bon sens, c’est de réfléchir aux hypothèses à creuser pour l’avenir immédiat des Grands Prix, les écuries sont en train de le faire, pendant le confinement. Sans attendre que Ross Brawn, le Directeur sportif et technique de la F1, ait accouché d’un calendrier absurde, impossible à tenir. La semaine dernière il a, en substance, dit à tous les médias qui voulaient bien l’entendre : « Nous allons essayer de faire 18 ou 19 courses cette saison, quitte à faire plusieurs séries de trois week-ends d’affilée. Et si on commence en octobre, on débordera sur 2021″. C’est totalement irréalisable ! »

Considérez-vous donc que Ross Brawn fait fausse route ?

D.O. – « On l’a connu plus malin, surtout quand il a dirigé le département technique de la Scuderia Ferrari, puis lorsqu’il a créé l’écurie Brawn GP en 2009, faisant immédiatement de Jenson Button un champion du monde, avant de la transformer en Mercedes F1, avec les résultats que l’on connaît. Le problème, c’est que Ross Brawn n’a même pas évoqué l’idée de faire deux courses par week-end, comme le suggérait mon très avisé confrère Lionel Froissart (Sport Auto) en rentrant d’Australie. Cela permettrait de limiter réellement les coûts, en ne faisant que 8 ou 10 déplacements en six mois, et d’augmenter le nombre de points à rafler chaque week-end. Mais les idées simples ont parfois du mal à séduire les grands esprits pour lesquels les Grands Prix de F1 sont devenus une cash-machine… »

Dietrich Mateschitz « M. Red Bull » est l’un des piliers de la F1 moderne, mais est-il ouvert à des changements radicaux ?

D.O. – « Tout à fait ! D’ailleurs Dietrich Mateschitz, lui, a déjà pensé à d’intéressantes pistes d’évolution. Il a deux écuries de F1 (Red Bull et Toro Rosso) ainsi qu’un circuit, le Red Bull Ring. Il se sent capable d’organiser deux courses en juillet en Autriche, le même week-end.
L’Autriche a été relativement épargnée par le Covid-19, comme l’Allemagne. Si le Grand Prix se déroule à huis-clos, ça ne lui fera ni chaud ni froid car il n’a pas de problèmes d’argent, mais aussi parce qu’avec l’impact médiatique de la Red Bull Media House, on peut être certain que ces deux courses seront, d’une manière ou d’une autre, suivies par un nombre record d’amateurs de F1, assis sur leur canapé, en buvant une boisson énergétique ! »

Croyez-vous réellement à la faisabilité de Grands Prix F1 à huis-clos ?

D.O. – « Pourquoi pas, si les équipes arrivent par la route et sont confinées sur le circuit et aux alentours, pendant trois jours ? Mais mettre en place ce barnum à huis-clos de A à Z est une autre histoire. Si on organise une série de courses à huis-clos en Europe, dans des pays en cours de déconfinement, ce sera un gros gâchis dans des zones du monde où la F1 est encore très populaire. Comme par exemple à Zandvoort, où les Hollandais veulent aller encourager Max Verstappen. Ils préfèreront de loin attendre quelques mois pour pouvoir assister au Grand Prix. Et il vaudrait mieux commencer par embarquer tout le monde pour une tournée asiatique, à huis-clos ou pas, dans des pays dont le Covid-19 s’est éloigné – temporairement ou pas – et où les gens, en général disciplinés, ont l’habitude de porter des masques… »

En tout cas, le Printemps de la F1 est mort et l’Eté des Grand Prix s’annonce sous respiration artificielle. Est-ce à dire que l’automne et le début de l’hiver seront les belles saisons de la F1 en 2020 ?

D.O. – « Dans ce cas de figure, si on démarre la saison F1 2020 en Asie, il restera quelques semaines, à l’automne, entre octobre et décembre, pour caser quelques Grands Prix en Europe et finir en beauté une saison excitante, parce que compactée.
Surtout si on a deux courses par week-end, donc une quinzaine en cinq mois, de août à décembre, en divisant par deux les coûts de transport et de logistique et en limitant la propagation du virus sur des circuits où tout le monde sera casqué-masqué (pilotes, mécanos) ou juste masqué (ingénieurs, journalistes, commissaires, spectateurs et même VIPs). »

Ainsi, le microcosme de la F1 entrerait dans l’ère de la Chloroquine ?

D.O. – « Pourquoi pas, si c’est l’une des solutions pour permettre de redonner vie à de grands événements, tels les Grand Prix F1, dans l’actualité !
Je reste optimiste, donc je rêve d’une jolie série Espagne-France-Italie fin 2020, dans l’ordre ou dans le désordre, grâce aussi au réchauffement de la planète, avec les trois pays d’Europe qui ont été frappés les premiers par la pandémie.

Avec des tribunes bien remplies, des masques aux couleurs des écuries et des pilotes et, en prime au Circuit Paul Ricard, la présence du Professeur Didier Raoult venu en voisin depuis Marseille donner le départ du tant attendu Grand Prix de France !
Avouez que ce serait une belle manière de clôturer une année pourrie par un virus venu de Chine, qui a semé la désolation dans nos hôpitaux et nos EHPAD… »

Avez-vous déjà échangé vos idées avec des patrons de la F1 ?

D.O. – « Un peu… La semaine dernière, j’ai même demandé à Cyril Abiteboul, le patron de Renault Sport F1, comment il envisageait la saison de Grand Prix 2020. Il m’a répondu que le plus important, et donc la priorité absolue, était « d’assurer des revenus aux équipes de F1 », en élaborant un calendrier intelligent, avec des droits TV bien sûr et de la visibilité pour les sponsors.
Et que sinon il valait mieux faire l’impasse sur 2020, « mettre la F1 en hibernation », pour mieux repartir en 2021. Il a bien aimé mon idée de commencer en Asie et de finir en Europe, pour des raisons tenant au bon sens face à la pandémie.

Et il m’a aussi indiqué que les écuries de F1 envisagent très sérieusement de conserver en 2021 les mêmes F1 qu’en 2020. La réglementation étant figée, et cela quel que soit le nombre de courses disputées cette année. En revanche, il s’est montré moins convaincu par l’idée de deux courses par week-end, mais la situation évolue chaque jour.

D’un naturel optimiste, même en cette période plus cauchemardesque qu’autre chose, je me prends volontiers à rêver d’un Grand Prix de France F1 2020 comme cadeau de Noël… et d’anniversaire, pour les 50 ans de ce circuit extraordinaire qu’est le Paul Ricard ! » 

Charles-Bernard ADREANI avec Daniel ORTELLI
Photo : Raymond PAPANTI

50 ans d’histoire(s) du Circuit Paul Ricard

Vidéo : Daniel Ortelli, vient de rejoindre l’équipe rédactionnelle de L’Agenda de l’Automobile en qualité de Chroniqueur F1, après avoir notamment couvert les Grands Prix pour l’AFP (Agence France Presse). Professeur à l’Ecole de Journalisme de Cannes, il a publié l’ouvrage « Circuit Paul Ricard, Les Seigneurs de la F1 ».Dès aujourd’hui, il évoque sur Agenda-Automobile.com ce que pourrait éventuellement être la drôle de saison F1 2020 et plus particulièrement le très attendu #GPFranceF1 au #CircuitPaulRicard.Charles-Bernard Adreani Agenda de l'automobile

Publiée par CBAdreani Full Throttle sur Mardi 14 avril 2020
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