L'AGENDA DE L'AUTOMOBILE

Formula E: Bilan et perspectives

La première saison de Formula E s’est achevée dans les allées londoniennes de Battersea Park le 28 juin dernier, couronnant  le Brésilien Nelson Piquet Jr (NEXTEV, ex China Racing), au volant de sa Spark-Renault STR-01E, au terme d’une saison mitigée mais parfois très forte en émotion et en sportivité.

2014/2015 FIA Formula E Championship. Formula E Race. Berlin e-Prix, Berlin, Germany, Europe. Saturday 23 May 2015 Photo: Adam Warner/LAT/Formula E ref: Digital Image _L5R8388

Photo: Adam Warner

En début de saison, le 13 septembre 2014, autour du stade olympique de Pékin, les grands observateurs du sport automobile étaient partagés. Les uns considéraient la formule comme sérieuse et pouvant exister aux côtés d’autres championnats de niveau mondial comme la Formule 1, et d’autres, sans doute trop amoureux des sports mécaniques pour réfléchir avec toute l’objectivité qui s’impose, criaient à l’arnaque et à la supercherie.

Dix mois plus tard, les mentalités n’ont pas beaucoup évolué, mais la Formula E, qui a montré le pire et le meilleur en termes de communication, d’organisation et de sportivité, se dirige vers une deuxième saison qui s’annonce passionnante.

Un excellent postulat de départ

Course Formula E 42La Formula E a été inventée pour promouvoir la voiture électrique et la mobilité durable. Pour ce faire, la formule utilise les gênes du sport automobile, à commencer par tester grandeur nature des technologies du futur, qu’on intégrera demain à bord des véhicules de grande série.

Par ailleurs, tous les circuits des championnats sont en milieu urbain, aux portes de spectateurs pas toujours intéressés par le sport automobile mais qui ne rechignent pas à venir faire un tour dans le « evillage » ou jeter un œil à ces drôles de « Formule 1 électriques » comme dirait Anne Hidalgo, la maire de Paris, où se tiendra un ePrix le 23 avril prochain.

[nextpage title= »Bilan saison 1″]

Une saison 1 mitigée en termes de médiatisation

Les hotesses Formula E 4Les organisateurs veulent faire de la Formula E un sport mécanique 2.0, dont la notoriété doit selon eux être davantage tissée par les réseaux sociaux que par les médias traditionnels. Il est vrai qu’avec des dispositifs tel que le Fan Boost, qui permet à un pilote, grâce au vote préalable des internautes, d’avoir à deux reprises un regain d’énergie pendant cinq secondes durant la course, on entre dans une autre dimension, grâce à l’interactivité entre spectateur et pilote. Mais fallait-il pour autant négliger, voire maltraiter les médias traditionnels, qui possèdent eux-aussi leurs comptes Facebook, Twitter etc ? La réponse est vite venue : désengagement de certaines chaines de télé, abandon de couverture de sites internet spécialisés, le comportement du service communication de la Formula E a pour le moins été sanctionné.

Les organisateurs comprendront-ils un  jour que les médias traditionnels, eux aussi, peuvent contribuer au succès de la Formula E ? Les publications dans la presse « papier » mais aussi sur internet étant des arguments de poids au moment de négocier des droits télés…

Un intérêt variable selon les pays

_.._albums_PRESS_03_COMPETITION_competition-auto_FIA-FORMULA-E_09-Moscou-Russia_MICHELIN_ePRIX MOSCOU_RACE_66Le coup d’envoi, en Chine, a été marqué par la présence d’un grand nombre de spectateurs dont on ne connaît pas exactement les motivations. Incitation et « recommandation » du gouvernement chinois, véritable intérêt ou curiosité, nous ne le saurons jamais. En tous cas, un mois plus tard, dans le quartier d’affaires de Putrajaya, les lieux étaient bien vides… Puis ce fut le tour des manches sud-américaines : Punta del Este, le Saint-Tropez uruguayien naturellement peuplé, Buenos Aires et le quartier de Puerto Madeiro, relativement vide bien que la course soit animée, puis une longue trêve hivernale (trois mois) avant de retrouver les rues de Miami (assez gros succès malgré la légèreté des services de voirie qui avaient mal préparé la piste) et Long Beach, dont on pensait que ce serait la première et dernière édition tant les autorités et la presse locales s’étaient montrées désagréables… La ville californienne sera néanmoins au prochain calendrier (voir plus bas).

Un second lancement

Formula E Miami 2Formula E Miami 1La manche de Monaco (la première en Europe) fut marquée par une bonne fréquentation (billets gratuits mais obligation de s’inscrire sur internet ou d’appeler à l’Automobile-club de Monaco pour en disposer) mais aussi par l’une des courses les plus inintéressantes de la saison, remportée par Sébastien Buemi (e.dams-Renault) qui devenait par la même occasion le premier poleman de Formula A à gagner une course. Trois semaines plus tard Berlin faisait le plein sur son aéroport historique Tempelhof (55 €  la place) et la course fut marquée par la première sanction pour voiture non conforme (un comble pour une catégorie où tout le monde à la même machine). Une pénalité donnée au vainqueur théorique du jour, Lucas di Grassi, qui a aussi certainement perdu le championnat à ce moment-là, Piquet ne remportant le championnat que pour un petit point. Les deux dernières manches avaient plus de gueule : Moscou, sur la place rouge, où Nelson Piquet Jr fera retentir l’hymne national chinois (!), puis Londres, où les deux dernières manches se sont déroulées un joli week-end de juin, et où la pluie s’invita lors des qualifications de la deuxième manche, permettant à la Venturi de Stéphane Sarrazin de réaliser sa première pole position de la saison. A noter que Venturi, qui pourrait se voir décerner la palme de l’équipe la plus malchanceuse de la saison, a aussi été pénalisée par une équipe d’ingénieurs et de mécaniciens assez amateurs et commettant de grossières erreurs. Le team devrait corriger cela pour la saison prochaine, Nick Heidfeld figurant par ailleurs parmi les meilleurs pilotes du plateau.

[nextpage title= »Ce qui va changer en saison 2″]

Quoi de neuf en saison 2

Ambiance Formula E 26Techniquement, plein de choses : alors que les voitures étaient rigoureusement les mêmes pour le premier championnat, elles vont considérablement évoluer. Le règlement prévoit une ouverture sur les points suivants : moteur, boîte de vitesses, trains roulants et aéro. Seules les batteries resteront les mêmes pour une saison encore, et les pilotes devront encore changer de voiture en milieu de course. Les équipes et leurs constructeurs vont donc pouvoir intégrer aux voitures leur propre matériel, et des différences de performances plus marquées vont donc se dessiner au fil de la saison. Les équipes et constructeurs engagés ont été confirmés au cours des dernières semaines, ainsi que certains pilotes :

ABT Schaeffler Audi Sport : Abt, préparateur officiel du constructeur allemand, reconduira certainement ses deux pilotes, Lucas Di Grassi et Daniel Abt. L’équipementier allemand Schaeffler devient le partenaire technologique du team. Il est clair que les enjeux de la formule vont être important dans les prochaines années et il est étonnant de constater d’autres équipementiers d’envergure mondiale ne se soient pas encore positionnés. Enfin, officiellement.

Les pilotes Formula E 20Andretti Formula E Team : l’équipe américaine signe pour une nouvelle saison. Elle a testé un grand nombre de pilotes au cours de la saison dernière et  considère la formule comme un test pour les autres disciplines (comme le Nascar) où elle est engagée. Andretti est un nom très connu dans le sport automobile mondial. Elle a développé son propre moteur électrique avec la société américaine TE Connectivity.

Dragon Racing : un animateur de milieu de grille qui n’a pour l’instant pas laisser filtrer grand chose de son organisation ou du fournisseur de son moteur. Leur premier pilote sera le Belge Jérôme D’Ambrosio, et il se dit que le team pourrait utiliser un moteur Venturi. A suivre.

DS Virgin Racing Formula E Team : c’est l’une des grandes nouveautés de la saison 2. DS, marque du groupe PSA, s’associe à Virgin, la compagnie de Sir Richard Branson, lequel dit à qui veut bien l’entendre que la Formula E va remplacer rapidement la Formule 1 (peut-être est-il un peu optimiste…) pour venir développer des moteurs électriques pour ses futurs modèles. Hormis Sam Bird, qui a fait une assez bonne première saison, on ne connaît pas encore le nom du second pilote du team.

Les pilotes Formula E 1Mahindra Racing Formula E Team: L’équipe indienne n’a rien déclaré quant à son fournisseur de technologie ni de ses pilotes. Karun Chadhok, le pilote numéro 1 de la saison dernière, a récemment déclaré être déçu du travail réalisé par son team. Pas sûr qu’il soit présent en saison 2. L’équipe doit faire des annonces juste avant la séance de test de Donnington (UK), qui aura lieu le 10 août prochain.

NEXTEV TCR Formula E Team: C’est l’équipe qui a créé la meilleure surprise en seconde partie de saison, après plusieurs victoires de Nelson Piquet JR, qui a fini par remporter le titre pilote. Piquet sera bien entendu dans la même équipe la saison prochaine, mais on ne connaît pas encore le nom de son coéquipier.

Les pilotes Formula E 2Renault e.Dams: Après une période de doute, Renault compte finalement s’investir davantage en Formula E. Renault Sport est en train  de repenser totalement ses activités sportives, qui sont maintenant davantage gérées par le marketing. Les World Series by Renault vont s’arrêter, une nouvelle équipe de F1 va peut-être voir le jour, et Nicolas Prost, ainsi que Sébastien Buemi, continueront d’être les deux pilotes du team de Formula E pour la saison prochaine.

Team Aguri: L’équipe semble avoir perdu son sponsor principal (Aguri) et n’a pour l’instant pas fait savoir la composition de sa future équipe. Elle a gagné une course (Buenos Aires, sur tapis vert suite au déclassement de Nick Heidfeld) au cours de la saison dernière et conservera le moteur McLaren pour la saison prochaine.

PUTRAJAYA ePRIX Novembre 2014 Formula ETrulli Formula E Team: On se demande bien ce que l’ancien pilote de F1 est venu faire en Formula E. Sans moyen pour préparer les ePrix sur simulateur, l’équipe a été de déconvenue en déconvenue et n’a pas fini pas beaucoup de courses, en dépit d’une pole position en Allemagne. Pour la saison 2, Trulli Racing utilisera un moteur d’origine Motomatica, qui est soit-disant censé fournir des pics de puissance de 280 Kw, contre 200 Kw actuellement. Le pilote qui sera le partenaire de Jarno Trulli cette saison n’est pas encore connu.

Venturi Formula E Team: L’équipe monégasque a déjà confirmé ses deux pilotes : Stéphane Sarrazin et Nick Heidfeld, par ailleurs tous deux engagés en LMP1 dans le championnat du monde d’Endurance.

En cours de saison ou plus récemment, d’autres constructeurs comme Volvo ou Jaguar, ont regardé de plus près si un engagement en Formula E était envisageable. Volkswagen Motorsport a également envoyé des hommes en reconnaissance lors de la manche de Monaco. Mais pour l’instant, rien n’a été validé. Volvo va s’engager en WTCC, Jaguar se montre toujours hésitant, y compris dans son hypothétique programme d’Endurance et Volkswagen n’a pas donné suite. Pour le moment.

[nextpage title= »Le calendrier »]

Le calendrier 2015-2016

Contrairement à l’année dernière, la saison démarrera en octobre et non en septembre. Toutes les manches sont reconduites, à l’exception de Miami, qui devrait être remplacé par Mexico (à confirmer) et de Monaco, remplacé par Paris. A noter que de nombreuses villes se sont portées candidates, comme par exemple Montréal, dont le maire est venu en personne défendre le dossier auprès des instances de la FIA. La saison se déroulera en 11 courses, dont 2 auront lieu à Londres en clôture de saison.

PUTRAJAYA ePRIX Novembre 2014 Formula E2015

Pékin (Chine) : 17 octobre

Putrajaya (Malaisie) : 7 novembre

Punta Del Este (Uruguay) : 19 décembre

2016

Buenos Aires (Argentine) : 6 février 2016

Mexico (Mexique) : 5 mars 2016

Long Beach (USA) : 2 avril 2016

Paris (France) : 23 avril

Berlin (Allemagne) : 21 mai

Moscou (Russie) : 4 juin

Londres (Angleterre) : 2 manches, dates à confirmer