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Adieu, Rémy Julienne. Vous allez nous manquer

La disparition du maître de la cascade, à 90 ans, a secoué le monde du cinéma. La peine de tous ceux qui ont cotoyé cet homme pas comme les autres est immense.

La maladie nous a enlevé Rémy Julienne. Souvent devant la caméra, grimé à la façon de l’acteur qu’il remplaçait, il a passé sa vie à prendre des risques à la place des autres. Des risques calculés, des cascades inventives qui lui ont valu de se démarquer et d’être demandé par les plus grands metteurs en scène.

« Sans Rémy Julienne, James Bond n’aurait pas existé », disait Roger Moore. La formule est spectaculaire mais également réductrice. Sans cet ancien pilote de moto-cross (champion de France 1958) venu de son Loiret natal, une grande partie du cinéma international n’aurait pas égayé ses scènes d’actions de la même manière. 

Jean-Paul Belmondo, son ami de toujours qui a inauguré en 2016 la place Rémy Julienne à Cepoy (45), le village d’origine du cascadeur, a lui aussi profité de son savoir-faire lorsqu’il réalisait seul certaines de ses cascades. Belmondo et Julienne, c’est le plus beau couple acteur/cascadeur du cinéma français. Dans Joyeuses Pâques, au début du film on retrouve les deux hommes dans un hors-bord, traversant une cabane de gendarmerie sur un banc de sable. Cette complicité a fait les belles heures de la comédie française grâce au génie, aussi, de metteurs en scène au-dessus du lot, comme Georges Lautner ou Henri Verneuil. 

Bébel rend hommage à Rémy Julienne

Par un communiqué diffusé par l’Agence France Presse, Bebel est revenu sur sa relation avec le génial cascadeur : « Comment résumer une si longue route avec Rémy ? Par trois mots : amitié, confiance et fidélité. Amis, nous avons fait ensemble les quatre cents coups. Devant son professionnalisme, son sérieux, sa détermination, mais aussi sa profonde humanité, je lui faisais une totale confiance et suivais à la lettre ses instructions. Fidèle, il l’a toujours été comme moi-même j’ai toujours voulu travailler avec lui. Rémy était un passionné. Il y a encore quelques mois, il multipliait les appels pour me faire part de son dernier projet. Sa passion lui aura permis de nous laisser des moments que le cinéma ne pourrait oublier »

Fantomas (son premier film en 1964 sous la direction de Gil Delamare), le Casse, le Guignolo, L’as des as, la Grande Vadrouille, le Cerveau, L’aventure c’est l’aventure, Taxi mais aussi six James Bond et tant d’autres, beaucoup de grands classiques du cinéma doivent leurs scènes les plus folles aux équipes de Rémy Julienne. Les constructeurs automobiles français ont eux aussi été mis en lumière par son travail. Car si James Bond roule aujourd’hui en Aston Martin, en 1981, dans Dangereusement vôtre, 007 cheminait en… Renault 11.

Un modèle choisi par Rémy Julienne (et piloté par Dominique, l’un de ses deux fils) pour sauter sur le toit d’un bus en mouvement, avant de perdre sa partie supérieure sous une barrière (cette fois avec Rémy au volant), puis de se faire couper en deux sur les quais de Seine, à Paris.

Une personnalité marquante

Aujourd’hui, le cinéma pleure l’un de ses plus grands cascadeurs et la presse n’a pas manqué de rendre hommage à l’homme et sa légendaire casquette vissée sur la tête, même lorsqu’il est en smoking. Fidèle à sa région, il est décédé à l’hôpital d’Amilly, à une dizaine de kilomètres de l’endroit où il est né. C’est aussi à moins de 5 minutes de là où j’ai passé ma jeunesse. Enfant, je me souviens des ballades dominicales à bord de la voiture familiale, lorsque nous passions près du terrain des Julienne où étaient entassées les carcasses de Renault 16, de DS ou de Peugeot 504 qui rentraient de tournage et qui serviraient pour les prochains entrainements. Dans la région de Montargis, tout le monde connait la famille Julienne. Rémy, bien sûr, mais aussi Michel et Dominique, ses fils, et David, son petit-fils, tous trois devenus cascadeurs. Et si Rémy a su s’entourer des meilleurs mondiaux dans chaque compartiment du jeu, il recrutait aussi parfois de gens du cru.

Christophe Roblin, l’un de ses meilleurs cascadeurs moto tricolores, a été à l’école Julienne. Nous étions camarades de classe de 5ème, et je me souviens que la seule chose qui l’intéressait, c’était le moment où son père venait le chercher à la fin des cours, au volant d’une camionnette chargée d’un 80 cm3 de cross pour aller s’entrainer. Lorsqu’il devint champion de France, au milieu des années 80, c’est Rémy qui lui a remis la coupe… et lui a proposé de faire une pige. Il s’agissait de se faire croiser dans les airs une moto, une voiture et un avion…. Rémy Julienne a formé des dizaines de personnes à la cascade, qui est un métier pour lequel l’école n’existe pas. Les professionnels du secteur sont généralement des anciens pilotes ou des mécanos, qui présentent tous deux points communs : le goût du risque et la peur, sentiment indispensable pour garder la tête froide. 

Toujours actif

Même à la retraite, Rémy Julienne a continué de supporter des initiatives hors du commun. Je me souviens, lors de la tentative de record de vitesse en dragster de l’animateur Vincent Perrot, une manifestation dont Rémy était le parrain, de l’attention qu’il pouvait porter à chaque détail, comme s’il réglait sa prochaine cascade alors qu’il approchait de ses 75 printemps. Après le démarrage spectaculaire de l’engin, qui accélérait de 0 à plus de 500 km/h en 250 m, on avait embarqué dans une navette pour rejoindre l’animateur radio à l’autre bout de la piste. Il semblait particulièrement marqué par la performance, arborant un visage extrêmement fatigué par l’effort. Je me souviens alors des mots du roi de la cascade : « t’as vu sa tête ? Il est drôlement secoué… Les cascades, c’est moins dangereux ! »

Accessible, humain, pétillant, Rémy Julienne participait toujours à la vie locale, sortant chaque jour acheter l’Equipe, son journal favori, et raconter ses nombreux projets. Après avoir envisagé de construire un musée, il avait proposé à la mairie de son village, peu avant Noël, de créer une exposition « lorsque cette saloperie de Covid ne sera plus là ». 

La rédaction de l’Agenda Automobile adresse ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Rémy Julienne.

Didier LAURENT

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