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Serradori Racing Team : la Coupe du monde de Rallye-Raid en Buggy deux roues motrices

Mathieu Serradori fait partie de ceux qui sont aussi à l’aise sur une moto que dans une auto. A seulement 36 ans, le Varois, après avoir découvert l’univers du rallye-raid avec un deux roues, a choisi de poursuivre la compétition dans un Buggy.
Le passage du guidon au volant s’est fait sans encombre, notamment grâce au soutien d’un grand nom des sports mécaniques, Jean-Louis Schlesser.

Mathieu Serradori et Didier Haquette, un tandem à suivre en rallye-raid

Mathieu Serradori et Didier Haquette, un tandem à suivre en rallye-raid

Amateur, ambiance familiale au sein du team et pourtant une rigueur professionnelle ! Voilà comment on pourrait définir le Serradori Racing Team.
Mathieu Serradori s’est testé sur le Dakar version « Amérique du Sud » à trois reprises, en 2009, puis en 2011 et en 2012 : avec sa Honda lors de sa deuxième participation, il termine 20e au général, 2e Français derrière Cyril Desprès et 3e au classement amateur.

Mathieu Serradori sur le Dakar en Argentine

Mathieu Serradori sur le Dakar en Argentine

En 2013, après un an de réflexion, le mari de Stéphanie et papa de deux filles, « ses premières fans », décide de revenir dans la course mais cette fois-ci en auto : « J’avais envie de continuer le rallye-raid mais j’avais besoin de nouveaux défis. »

Il croise alors la route de Jean-Louis Schlesser, un grand habitué du rallye-raid avec deux victoires sur le Dakar et cinq titres en coupe du Monde.
« Jean-Louis m’a aidé dans mon projet de piloter une auto. Et tout naturellement, il m’a bien sûr aiguillé vers le Buggy. Il faut dire qu’il existe de nombreuses similitudes dans le pilotage entre une moto et un Buggy.»

Il suit ainsi les traces d’autres motards, à l’instar du vainqueur de la dernière édition du Dakar, Stéphane Peterhansel.

Première expérience sur quatre roues à l’Africa Eco Race 2014

Première expérience en Buggy pour Mathieu Serradori avec un Predator

Première expérience en Buggy pour Mathieu Serradori avec un Predator

C’est à bord d’un petit Predator qu’il affronte les dunes sur l’Africa Race 2014, avec son ami Romain Allain Launay.
« C’était une bonne chose de commencer cette aventure avec lui. Il a fallu que j’apprenne à faire confiance et à ne pas regarder les notes toutes les 5 minutes. »
Une première réussie, Mathieu Serradori est à l’aise et termine facilement l’épreuve, il n’a qu’une envie, aller plus loin. Il se testera sur le Rallye Oilibya du Maroc, puis il reviendra sur l’Africa Eco Race, toujours avec son Predator mais modifié avec notamment un moteur V6 de Nissan.

Toujours sur les conseils de Jean-Louis Schlesser, changement de copilote et place à l’expérience avec Didier alias Didus Haquette. Le nouveau duo domine assez facilement la course mais la mécanique leur fera faux bond deux jours avant le final à 500 mètres de la ligne d’arrivée de l’étape.

Un Buggy SRT sur mesure signé Lionel Constant

duo01Mathieu Serradori a des ambitions et pour cela il doit changer de monture. Il décide alors de faire fabriquer son propre Buggy en deux roues motrices.

Son mentor, Jean-Louis Schlesser le dirige vers Lionel Constant, concepteur LCR 30 : « Cette aventure était très enrichissante. Nous avons beaucoup échangé avec Lionel afin d’avoir un modèle qui réponde au mieux à mon pilotage. J’ai beaucoup appris et un vrai team a vu le jour à ce moment-là. »

Le défi était de taille car l’objectif de SRT n’était autre que l’Africa Eco Race 2016 dont le départ était donné en Principauté de Monaco le 27 décembre. Une véritable course contre la montre était engagée pour le team.

Pendant ce temps, le duo désireux de ne pas perdre le rythme participe au Rallye Oilibya du Maroc avec son Predator : Mathieu et Didier remportent la catégorie Open 2 roues motrices. Les résultats sont là ,il faut maintenant que le nouveau Buggy et le duo s’apprivoisent.

bug01Le Buggy SRT est prêt seulement dix jours avant le départ pour la course. La prise en main est donc limitée pour Mathieu Serradori.
Vu le potentiel du véhicule, lorsqu’il débarque à Monaco, le statut de favori lui est donné. Une pression supplémentaire.
Avec son succès dès la deuxième étape, il accentue le phénomène : « Cela peut paraître paradoxal, mais cette victoire nous a peut-être porté préjudice. Nous étions en train de découvrir le Buggy et nous aurions dû nous montrer plus prudents. »

Quelques erreurs de navigation et de choix de pneumatiques plus tard, Serradori et Haquette sont au pied du podium deux jours avant l’arrivée à Dakar : « Jean-Antoine Sabatier, qui a remporté l’Africa Eco Race en 2015 à la suite de mon souci  mécanique venait une nouvelle fois de me passer devant pour accrocher la 3e place. On se devait de réagir ! »

Mathieu ne lâche rien. Libéré de la pression et de l’enjeu de participer à cette édition avec son tout nouveau Buggy réalise une 11e étape de haut vol qui lui permet de reprendre à l’autre équipage français la dernière place sur le podium.

« Nous avons connu des hauts et des bas sur cette course mais le résultat final nous satisfait. Nous avons découvert notre Buggy, pu faire quelques réglages et accéder au podium. »

Abu Dhabi, la course référence de la Coupe du monde

ABu Dhabi

Les Dunes d’Abu Dhabi domptées par le team SRT

Afin de progresser en franchissement, le team SRT décide de participer à une manche de Coupe du Monde l’Abu Dhabi Desert Challenge.
Mieux préparé et dans une position d’outsider qu’il affectionne, Mathieu Serradori tente de mettre à profit son expérience de l’Africa Eco Race.
Quelques cadors de la discipline sont au rendez-vous, comme le local de l’épreuve qui connaît parfaitement ces dunes, Nasser Al Attiyah et son copilote français Mathieu Baumel.

Avec une approche de la course bien différente et une vraie stratégie mise en place, la course d’Abu Dhabi devient une référence dans le parcours de Mathieu.

En osmose avec un papa team manager

A ses côtés, son papa dans le rôle de team manager apporte une certaine sérénité à l’équipage.

« Mon père et moi avions une vraie complicité dans le travail jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite
« J’ai retrouvé cette osmose durant le rallye. C’était important qu’il soit là !
 »

Une épreuve sans hésitation, Mathieu et Didier n’ont pas eu besoin une seule fois de sortir de la voiture. Le team SRT a fait mieux que se défendre en remportant sa catégorie en deux roues motrices et en prenant de ce fait la tête de la Coupe du monde. Et au classement général, c’est avec une belle sixième place que l’équipe  rentre d’Abu Dhabi.

« C’est vraiment pour moi ma meilleure course. J’ai gagné en régularité et cela est vital dans le rallye-raid. Je suis à l’origine un vrai fonceur et cela m’a permis par le passé de franchir certaines étapes.
« En revanche, je sais aujourd’hui que mieux canaliser mon énergie me donnera la chance de réaliser de plus grandes performances. Abu Dhabi est une épreuve très technique avec peu de pistes et beaucoup de franchissements. Je pense avoir réussi à échapper aux pièges

Un plateau estival relevé à la Baja de Aragon

Dans le programme initial, la prochaine étape du Team SRT devait avoir lieu en octobre à l’occasion du Rallye Oilibya du Maroc mais finalement le Serradori Racing Team va reprendre du service dès cet été lors de la Baja Aragon, du 22 au 24 juillet.

« Au Maroc, nous serons face à de nombreuses voitures d’usine comme très certainement les Peugeot qui sont également des deux roues motrices.
« Avec  un plateau si relevé, j’ai envie de progresser et surtout de rouler le plus possible avec le Buggy afin de mieux le maîtriser.
« La Baja d’Aragon semble être le terrain de jeu idéal pour cela.
 »

« Dakar » vs Africa Eco Race : les dunes africaines…

logo2017Mathieu Serradori a connu le Dakar à moto et l’idée d’y participer avec son Buggy lui est forcément passée par la tête : « Il est évident que le Dakar pourrait être pour moi une nouvelle étape dans mon parcours de pilote auto. Mais cela fait trois ans que je participe à l’Africa Eco Race et j’avoue que c’est une course dans laquelle je me sens bien.
« Je suis passé tout près de la victoire à deux reprises et mon esprit de compétiteur me pousse à y retourner en 2017 pour la gagner.
« De plus, je trouve que sur le plan technique, les dunes africaines imposent un niveau de difficulté important. Si quelques pilotes d’usine venaient se frotter à elles, ils pourraient être surpris… »

Une course et surtout un lien avec Jean-Louis Schlesser qui ne tarit pas d’éloges au sujet de Mathieu Serradori : « Il a l’intelligence de la course et c’est quelque chose de rare. Beaucoup savent piloter mais cela ne suffit pas. Il a su s’arrêter au bon moment en moto et ne pas aller au-delà de ses limites. Lorsqu’il a voulu passer aux autos, j’ai eu envie de l’aider car je le voyais s’intéresser à tout. Il apprend vite. Sur la dernière Africa Eco Race, il a compris que l’essentiel en rallye-raid était de finir même si pour cela il faut alterner une conduite plus modérée et des passages rapides. C’est un garçon bien élevé qui a des capacités et du talent mais il doit se montrer patient et surtout rester humble. Il faut avant toute chose vaincre le désert. Si Mathieu est au rendez-vous pour l’Africa Eco Race 2017, il fera partie des favoris sans aucun doute. »

Le Buggy SRT de Mathieu Serradori côté technique

Moteur V8 essence Chevrolet de 6 200cm3, 480 chevaux, boîte de vitesses séquentielle SADEV et transmission roues motrices, châssis tubulaire, suspensions BOS, carrosserie en Carbone, poids : 1 550kg.

Paul PAPAZIAN
Photos : Alain Rossignol/Africa Eco Race et DR

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