L'AGENDA DE L'AUTOMOBILE

Walter Röhrl présente ses excuses à Michèle Mouton, 40 ans après !

Le WRC, discipline reine des rallyes, célèbre cette année sa 50ème saison ! Et des festivités sont organisées tout au long de l’année, tout comme récemment au Rallye du Portugal. C’est à cette occasion que Walter Röhrl a décidé de présenter ses excuses à Michèle Mouton… 40 ans après l’incident !

Röhrl s’excuse auprès de Mouton, 40 ans après !

Au début des années 80, les Groupe 2 et Groupe 4, de simples propulsions vont se faire remplacer peu à peu par les Groupe B ! Des monstres de puissance et 4 roues motrices, l’arme absolue pour les rallyes ! A ce petit jeu-là, un constructeur a une avance technologique sur ses concurrents : Audi !

Validée au règlement FISA en 1979, la transmission intégrale ne recueillait pas les faveurs des constructeurs qui pensaient cela trop complexe à mettre au point. Avant qu’Audi ne leur fasse la démonstration que ça allait rapidement devenir obligatoire. Et le Groupe B naquit officiellement en 1982 !

Cette année-là, les pilotes qui furent des candidats à la victoire se nommaient Mikkola, Röhrl, Mouton, Blomqvist, Vatanen… Deux pilotes vont se détacher du reste du peloton : Walter Röhrl et Michèle Mouton ! Un homme opposé à une femme en WRC… nous sommes en 1982 !

David contre Goliath !

Fort de son titre en 1980 sur une FIAT 131 Abarth, l’Allemand veut étoffer son palmarès en 1982 ! Oui, mais voilà, son Opel Ascona 400 n’est qu’une propulsion. En face, une certaine Michèle Mouton roule chez Audi avec la Quattro qui révolutionne le rallye !

Walter Röhrl finira par remporter son deuxième titre mondial, mais est-ce vraiment cette lutte pour le titre mondial qui intéressait les médias d’alors, ou le duel homme / femme ? L’Allemand s’est exprimé à DirtFish pour détailler sa vision des choses à l’époque.

« À l’époque, j’ai dit que je ne voulais pas être le premier homme à perdre en sport automobile contre une femme et cela me mettait la pression. D’ailleurs, on me disait que je devais gagner. »

« La situation était que je me battais avec Michèle et tous les journalistes et tous les journaux ont fait une grande histoire sur le combat entre une femme et un homme.« 

« Vraiment, la première chose que je dois dire, c’est qu’en 1982, je n’avais pas l’intention d’être champion du monde. La chose la plus importante pour moi était de gagner Monte Carlo. Je l’ai gagné et j’étais satisfait. Mais ensuite cette bataille est arrivée et je ne voulais pas perdre. Je ne voulais pas perdre contre une femme. »

Audi Sport Quattro S1 / 1985 – Walter Röhrl gagne le Rallye du San Remo

Des excuses publiques pour Walter Röhrl !

Autres temps, autres mœurs ! Alors qu’aujourd’hui, les fédérations mettent en place de nombreuses initiatives pour ouvrir les plus grandes disciplines sous l’égide de la FIA aux femmes, un tel discours aujourd’hui ne passerait pas (il ne passait pas mieux en 1982, mais il avait moins de visibilité).

C’est donc à l’occasion du Rallye du Portugal, que Walter Röhrl était convié pour les festivités de la 50ème saison du WRC. Et il en a profité pour exprimé ses excuses auprès de Michèle Mouton à ce sujet.

« Aujourd’hui, je me sens désolé à ce sujet », a-t-il ajouté. « Vraiment, ça ne représentait rien de plus d’être à nouveau champion du monde. Mais ça aurait été une chose vraiment très spéciale pour l’avenir d’avoir eu une femme championne du monde. »

« Michèle le méritait-elle ? Je pense que nous le méritons toutes les deux. Michèle était (et est) très spéciale. Je la connais très bien, elle était ma coéquipière chez Fiat et elle a quelque chose en elle… Elle est née pour conduire une voiture à quatre roues motrices. »

Walter Röhrl a une haute estimé de Michèle Mouton

« En ce qui concerne les femmes dans le sport automobile, il y a un numéro 1 très clair pour moi : Michèle Mouton. Jamais auparavant ni depuis n’y a-t-il eu une femme aussi douée dans un sport masculin. Michèle était exceptionnelle, sa performance était incroyable. » 

« Ce qu’elle a montré chez Audi contre Hannu Mikkola et Stig Blomqvist était incroyable. Je les classe tous les deux parmi les cinq meilleurs pilotes de rallye de tous les temps. Et Michèle a su s’affirmer face à ces deux-là. Dans cette compétition interne, elle a remporté des courses de championnat du monde, aucune autre femme n’a jamais réussi cela. »

« Je l’ai rencontrée chez Fiat en 1979. On s’est affrontés sur quelques étapes au Rallye Monte Carlo 1980. Elle m’a dit plus tard qu’elle avait depuis lors une sorte de complexe de Röhrl. C’est la seule raison pour laquelle elle a perdu son sang-froid au Rallye de Côte d’Ivoire en 1982 et a finalement perdu contre moi dans la lutte pour le titre. Normalement, je n’aurais eu aucune chance contre eux dans l’Opel Ascona sur ce rallye sur terre. »

Mouton aurait dû avoir le titre en 1982

La victoire lors de l’avant-dernière manche, en Côte d’Ivoire, a suffi à Röhrl pour s’assurer du titre. Mouton a mené l’épreuve d’une heure, mais a vu cet avantage fondre lorsque son Audi n’a pas démarré lors de la dernière étape. En essayant de rattraper son retard, elle a fait un tonneau et a été éliminée de l’épreuve et du championnat.

« Elle était vraiment, vraiment rapide pour pouvoir battre Blomqvist et Mikkola. À l’époque, c’était complètement différent. Vous savez, en 1982, c’était un énorme succès pour Audi d’avoir Michèle. En Allemagne, nous avions des journaux qui étaient remplis de sport de rallye et c’était une grande relation avec le public pour ce sport. C’est une chose fantastique ce que Michèle a fait pour ce sport ».

« Aujourd’hui, je dois dire que je n’aurais pas dû être champion du monde en 1982. Le titre ne m’intéressait pas vraiment. Être le pilote le plus rapide d’une voiture à deux roues motrices m’aurait suffi. Mais Michèle serait entrée dans l’histoire en tant que première femme championne du monde de sport automobile. C’est dommage que ça ne se soit pas passé comme ça. Elle méritait vraiment le titre. »

Michèle Mouton

Les médias ont fait du tort à leur duel ?

L’une des phrases qui aurait pu blesser Michèle Mouton a été prononcée par le principal intéressé, sans qu’il n’ait d’arrière-pensée. A l’époque des 30 ans de la Quattro (2010), Walter Röhrl était revenu dans une interview de AutoHEBDO sur un épisode malheureux. C’est la fameuse phrase à propos de l’Audi Quattro S1 : « Même un singe gagnerait au volant d’une Quattro ».

« Oui (je l’ai dit). Mais pas de la façon dont cela a été rapporté. En 1982, je suis de sortie avec l’équipe autrichienne de ski alpin. Je les emmène à mes côtés sur une spéciale sur terre, constituée d’une succession d’épingles en côte. Le soir, un des skieurs me désigne en exclamant : « Ce mec est un génie. Il est impossible d’aller plus vite que lui au volant d’une voiture ! ».

« A la volée, je lui rétorque : « Tu rigoles : je n’ai que deux roues motrices. Sur ce terrain, avec une Quattro, même un singe serait plus rapide que moi ! ». « 

« Un journaliste est présent. Il répercute cette phrase en faisant référence à Michèle Mouton. Lui crée une comparaison à laquelle je n’avais jamais pensée. Cela a fait scandale et je comprends que Michèle n’ait pas apprécié. Quand une info de ce genre se diffuse, il est impossible de l’arrêter. »

Une information que Michèle Mouton aura du mal à croire, avec tout le bon discernement qu’on lui connait ! En parlant à Mikkola, Mouton et Blomqvist au cours des années qui ont suivi, aucun d’entre eux ne s’est offusqué. Les commentaires de Röhrl visaient Audi, pas ses pilotes. Et de toute façon, il serait l’un d’entre eux bien assez tôt.

Walter Röhrl sait comment il a gagné son titre !

Quant à son titre en 1982, même si sur le papier l’Audi Quattro semblait supérieure, Röhrl a fait la lumière sur son titre.

« En 1982, ils avaient une toute nouvelle technique avec quatre roues motrices contre l’ancienne technique et la nouvelle était beaucoup plus rapide. Mais elle était aussi pleine de problèmes techniques. »

« J’avais l’ancienne technique », a-t-il dit. « Ce n’était pas aussi rapide, mais la fiabilité était parfaite. C’est la raison pour laquelle j’ai gagné le titre. La seule raison… »

© Jaanus Ree / Red Bull Content Pool // Michèle Mouton