Calendrier Pirelli 2026 : le retour aux origines
À la Maison Municipale de Prague, sous les lustres étincelants d’un palais Art nouveau, Pirelli a levé le voile sur sa 52e édition du mythique Calendrier, baptisé « The Cal ».
Un retour au sources pour le Calendrier Pirelli 2026
Signé par le photographe norvégien Sølve Sundsbø, ce millésime 2026 marque un tournant audacieux : au-delà des quatre éléments classiques – terre, air, feu et eau –, il explore les forces intangibles qui lient l’être humain à son environnement primal. Une ode à la liberté, à la curiosité et à l’émancipation, capturée à travers 22 portraits de 11 femmes emblématiques, toutes choisies pour leur profondeur et leur maturité.
Dans un monde saturé d’images éphémères, Sundsbø refuse le littéralisme. « Je ne voulais pas être trop littéral », confie-t-il dans une interview exclusive accordée à Pirelli. « Le calendrier va au-delà des quatre éléments traditionnels. Je voulais capturer des émotions, des instincts et des états d’esprit qui sont au cœur de la vie humaine : le désir de liberté, la curiosité, la soif de connaissance. Une forme de mystère, d’imagination, de passion, le désir d’émancipation, le lien avec la nature et notre relation au temps et à l’espace. » Cette vision philosophique transforme le Calendrier en un manifeste reconnectant l’homme à ses origines, loin des clichés glamour qui ont parfois marqué les éditions passées.
Le projet a débuté en avril dernier, sur les rivages battus par les vents de Holkham Beach, dans le Norfolk anglais, et dans les champs verdoyants de l’Essex. Sundsbø, passionné de technologie et d’expérimentation, y a « récolté » des images brutes de la nature – couchers de soleil flamboyants, nuages tourbillonnants, flammes dansantes, eaux tumultueuses. Ces motifs n’ont pas été figés sur pellicule : ils ont été numérisés et projetés en studio, à Londres et New York, via d’immenses écrans LED. « Nous avons ramené la nature dans un espace contrôlé », explique le photographe. « Le vent est invisible, sauf s’il touche quelque chose. L’eau nous immerge. Le défi était de les rendre visuellement palpables sans intimidation extérieure. »



Un casting d’icônes : diversité et héritage
Les 11 muses sélectionnées par le photographe norvégien incarnent une mosaïque de talents transgénérationnels. L’Écossaise Tilda Swinton et la Britannique Gwendoline Christie, reines du cinéma fantastique, côtoient l’Italo-Américaine Isabella Rossellini, actrice et réalisatrice iconique. La chanteuse FKA twigs apporte sa sensualité introspective, tandis que Venus Williams, légende du tennis, symbolise la force physique et mentale. Susie Cave, mannequin et créatrice de mode, revient sur la scène Pirelli après ses apparitions dans les éditions 1986 (Helmut Newton) et 1991 (Clive Arrowsmith), bouclant une boucle temporelle émouvante.Le casting s’étend à l’internationale : l’Italienne Luisa Ranieri, la Russe Irina Shayk, la Chinoise Du Juan (vue en 2008 chez Patrick Demarchelier), la Tchèque Eva Herzigová (1996 et 1998), et la Porto-Ricaine Adria Arjona complètent cette constellation.
Toutes issues du cinéma, de la mode, du sport ou de la musique, elles défient les stéréotypes de la jeunesse éternelle, optant pour une beauté « intéressante et un peu stimulante », comme le définit Sundsbø. « La beauté est très individuelle », ajoute-t-il. « Ce qui est beau doit être intéressant. »Entouré d’une équipe de fidèles collaborateurs – le styliste Jerry Stafford, la maquilleuse Val Garland, le directeur de la photographie Benoît Delhomme –, Sundsbø a veillé à ce que chaque portrait serve « l’image et crée quelque chose de magique ». Une alchimie qui rappelle les origines artistiques du Calendrier, lancé en 1964 par Robert Freeman comme un « signe des temps qui changent ».
Un miroir de la société
Depuis ses débuts tumultueux – pauses pour récession, relances iconoclastes comme celle de Terence Donovan en 1987 avec un casting exclusivement noir –, « The Cal™ » a toujours été un miroir de la société. Des plages des Bahamas aux studios parisiens de Karl Lagerfeld, il a célébré la sensualité, l’empowerment et la diversité. L’édition 2026 de Sundsbø s’inscrit dans cette lignée, mais avec une urgence contemporaine : reconnecter l’humain à la nature dans une ère de déconnexion numérique. »
Sortez, décrochez de vos écrans, allez dehors », lance le photographe en message aux générations futures. « Ne me regardez pas. Sortez et faites-le vous-même. » À Prague ce jeudi, sous les applaudissements, ce Calendrier n’est pas qu’un objet de collection : c’est un appel à l’émerveillement primal. Disponible en édition limitée, il promet déjà de marquer les esprits comme un feu de camp dans la nuit moderne.


