Ford prêt à céder une partie de son usine de Valence à Geely

Ford, le géant à l’ovale bleu, pourrait céder une partie de son usine espagnole de Valence au géant chinois Geely, qui pourrait assembler ses premiers modèles en Europe.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Geely Auto

Le pacte de Valence : Ford cède du terrain pour survivre

En bref :

  • Alliance stratégique : Ford négocie la vente d’une partie de son usine de Valence au géant chinois Geely.
  • Production européenne : Geely y assemblera ses propres voitures, à commencer par le crossover électrique EX2.
  • Partage de technologie : Ford pourrait abandonner ses propres châssis pour utiliser la plateforme chinoise GEA.
  • Sauvetage industriel : L’accord offre une bouffée d’oxygène à l’usine espagnole, qui ne produit actuellement que le Kuga.
  • Ambition mondiale : Geely confirme sa volonté de devenir le « Toyota chinois » en s’implantant durablement en Europe.

L’échiquier automobile européen s’apprête à vivre un séisme industriel dont l’épicentre se situe en Espagne. Selon les révélations du journal La Tribuna de Automoción, Ford serait en négociations très avancées avec le géant chinois Geely pour lui céder une partie de son usine de Valence. Ce deal permettrait au propriétaire de Volvo de poser enfin ses valises sur le Vieux Continent en y assemblant ses propres modèles, à commencer par un crossover compact destiné, entre autres, au marché britannique.

Le montage industriel prévoit que Geely prenne les commandes du hall d’assemblage « Body 3 », un espace autrefois bouillonnant où naissaient les Mondeo, Galaxy et S-Max, mais aujourd’hui déserté. Si l’usine espagnole affiche une capacité théorique de 300 000 unités par an, elle tourne aujourd’hui au ralenti : seul le Kuga y est encore produit, laissant les lignes de montage à l’arrêt alors qu’un potentiel largement inexploité.

Pour la division européenne de Ford, cette transaction s’apparente à une bouffée d’oxygène financière au moment même où ses courbes de ventes piquent du nez. En ouvrant ses portes au loup chinois, le constructeur à l’ovale bleu ne se contente pas de renflouer ses caisses ; il ouvre la voie à une nouvelle ère de cohabitation technologique basée sur la plateforme modulaire GEA de Geely, capable d’accueillir des motorisations électriques ou hybrides rechargeables.

© Geely Auto UK

L’offensive Geely : contourner les taxes et conquérir l’Europe

Le fer de lance de cette incursion sera le Galaxy EX2 (connu en Chine sous le nom de Galaxy Xingyuan), un crossover électrique dont le gabarit rappelle celui d’un Ford Puma. Ce modèle n’est pas une nouveauté : il a trôné au sommet des ventes dans l’Empire du Milieu l’an dernier. Pour Geely, l’enjeu est aussi politique que commercial : produire à Valence permet de s’affranchir des lourdes taxes de 18,8 % imposées par l’Union européenne sur les véhicules électriques importés de Chine.

Mais le plus surprenant reste à venir. Des sources industrielles suggèrent que Ford pourrait lui-même utiliser la plateforme chinoise GEA pour fabriquer l’un de ses propres modèles sur le site espagnol. L’an passé, la marque américaine avait déjà confirmé l’arrivée d’un nouveau crossover à Valence, destiné à succéder indirectement à la Focus avec des ambitions de best-seller mondial.

Si l’on pensait initialement que ce futur modèle Ford reposerait sur la plateforme C2 du Kuga pour limiter les coûts, le mariage avec Geely rebat les cartes. Ford, passé maître dans l’art des alliances stratégiques en Europe (utilisant déjà la plateforme MEB de Volkswagen pour l’Explorer et le Capri, ou l’architecture Ampr de Renault pour de futurs modèles), semble prêt à succomber une fois de plus au pragmatisme partenarial.

Une avancée fulgurante : les fournisseurs déjà sur le pont

L’accord semble si proche du dénouement que les fournisseurs de la région de Valence auraient déjà été approchés par l’état-major de Geely. Cette effervescence locale témoigne de l’imminence de la signature. En confiant les clés de son usine à celui qui aspire à devenir le « Toyota chinois », Ford s’assure de maintenir l’activité d’un site historique tout en déléguant une partie de la complexité technologique de l’ère électrique.

À Valence, l’heure n’est plus à la rivalité frontale mais à la symbiose industrielle. Entre le besoin de liquidités de l’Américain et la soif d’expansion de l’Asiatique, l’usine espagnole s’apprête à devenir le laboratoire d’une mondialisation automobile où les logos changent, mais où les usines demeurent. Le futur de Ford en Europe passera-t-il par les gènes de Geely ? Les lignes de production, elles, n’attendent plus que le signal de départ.

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