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Formula E : DS Techeetah en course pour remporter le championnat

Nous sommes allés à la rencontre de Thomas Chevaucher, le team principal de DS Techeetah, la seule écurie française engagée en championnat du monde de Formula E. Notre rencontre a eu lieu avant la course, mais les positions de l’écurie n’ont pas changé après l’E-Prix. Tout est encore possible à six courses de la fin de la saison.

L’air détendu, Thomas Chevaucher déambule dans les paddocks du E-Prix de Marrakech. Et pour cause : en ce samedi matin Antonio Felix Da Costa vient de décrocher la pole position, et Jean-Eric Vergne, son coéquipier, partira troisième. Pour autant, malgré des résultats constants, d’autres poles positions et des podiums, DS Techeetah est arrivée au Maroc en seconde position des deux championnats, Pilotes et Constructeurs. Et il en repartira ainsi, malgré la deuxième place de DAC et la quatrième de JEV. A Jakarta comme à Marrakech, l’équipe n’est pas arrivée pas transformer cette performance en victoire.

A quoi attribuez-vous la constance de vos performances, mais le fait que vous ne soyez toujours pas leader après dix courses ?

On a été constants, c’est vrai, mais on a laissé échapper des victoires et cela n’aurait pas dû arriver. Le championnat est très serré, les performances des voitures sont très proches, et les courses sont belles. Début juin, à Jakarta, nous avons eu une course de toute beauté, et je pense que l’intérêt purement sportif est de très bon niveau. Nous avons trois ou quatre constructeurs, cinq ou six pilotes qui se détachent du peloton, la tendance est assez lisible pour le public, et DS Techeetah a encore toutes ses chances de remporter le championnat. Mais ce serait quand même bien qu’on gagne une course ou non…

Antonio Felix Da Costa est parti en pole position et est arrivé deuxième du E-Prix de Marrakech 2022

La Formula E a dévoilé la semaine dernière le calendrier de la saison prochaine, avec 18 courses en 13 lieux. Le championnat n’a jamais été aussi copieux, de quel œil regardez-vous la situation ?

J’ai deux points de vue. Si je réponds en patron d’écurie, je trouve que cela est très positif et très bien pour le championnat, car cela va donner du rythme et intéresser de nouveaux fans. Si j’enfile ma veste de responsable du département compétition de DS Automobiles, je dirais que ce changement de rythme va être difficile et qu’aujourd’hui les équipes ne sont pas structurées pour l’assurer. Dans l’état actuel des choses, on ne peut pas répondre à ce type de calendrier dans de bonnes conditions. Le championnat de Formula E doit pour nous être durable sous toutes ses formes, aussi bien d’un point de vue écologique, environnemental, mais aussi du côté du bien-être de nos collaborateurs. Il va y avoir de nouveaux challenges et nous allons devoir modifier notre organisation.

Est-ce qu’une saison de Formula E va coûter plus cher ?

Non, car nous sommes protégés par un  « cost cap », qui limite les coûts annuels. Cela veut dire que nous allons devoir faire des choix, des arbitrages. Mais c’est déjà ce que nous faisons tous les jours.

Jean-Eric Vergne conserve une deuxième place au championnat, à six courses de la fin de la saison

Vous avez commencé les essais avec les voitures Gen 3, qui prendront la piste la saison prochaine. Quel premier bilan tirez-vous de l’expérience ?

Nous avons fait quelques tests en commun avec d’autres constructeurs, nous avons très bien roulé, la voiture est très sympa à conduire, et nous allons profiter à fond des 20 journées de roulage autorisées d’ici la fin de l’année. Les premiers essais sont positifs, mais il y encore beaucoup de travail.

Pourquoi 20 journées et plus 12 comme auparavant ?

Comme Stellantis Motorsport engage désormais deux marques, DS Automobiles et Maserati, nous avons droit à 12 +8 jours, soit 20 journées pour que les deux équipes développent chacune leur voiture. Il y a des synergies entre les deux entités, et notamment sur le hardware (les pièces solides Ndlr) car il n’y a pas quinze manières de faire un bon powertrain en Formule E. Mais chaque marque va insuffler son ADN dans la manière d’exploiter ses machines, et développera sa propre partie sofware (logicielle).

Est-ce que vous partagez vos journées d’essai avec Maserati ?

La répartition des jours entre DS Automobiles et Maserati est à notre discrétion, mais nous avons pour mission d’être prêts, que Maserati ait aussi tous les moyens pour se battre aux avant-postes. Stellantis a deux programmes d’usine, et nous développons deux voitures qui ne seront pas totalement identiques. Nous voulons que chaque marque puisse raconter sa propre histoire avec son ADN.

L’an prochain vous passerez des pneus Michelin, qui équipent la série depuis son origine, en 2014, à des pneus Hankook. Est-ce que cela change quelque chose pour vous ?

Les pneus pour le Gen 3 sont très différents des Michelin car ils n’ont pas été dessinés pour la même voiture. D’une part ils sont plus larges, et d’une autre ils doivent répondre à des caractéristiques différentes, pour des voitures 60 kg moins lourdes et 100 kW plus puissantes en qualification. Le niveau de performance des voitures va être beaucoup plus élevé.

Quid de la fiabilité attendue de cette nouvelle monoplace très technologique ?

Je serais surpris que personne n’ait de problème en début de saison. On a commencé à rouler il y a peu de temps, on est à six mois de la première course, et il y a beaucoup de travail d’ici là. En outre, si pour le moment il ne nous manque pas de pièce nous devons anticiper des délais de livraison potentiellement très longs. Les prochains mois vont être actifs et sous tension.

Les premiers tests en commun auront lieu à Valence en décembre. N’est-ce pas risqué en termes de météo ?

Personne ne va à Valence pour développer sa voiture, mais pour vérifier que tout fonctionne avant d’expédier les voitures pour la première course. Le circuit n’est pas représentatif d’un tracé de Formule E, nous n’avons aucune attente particulière si ce n’est que de rouler au maximum pour déceler des éventuels soucis techniques. La météo ne sera donc pas un problème. Du moment qu’il ne neige pas, tout me va.