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Interview : Grégory Driot, directeur de Nissan e.dams

Dams a été créé par Jean-Paul Driot fin 1988. Emporté par la maladie en 2019, il a laissé un héritage « sport auto » important, que ses enfants continuent de faire vivre. Rencontre avec Grégory Driot, directeur de l’écurie Nissan e.dams en Formula E.

Quelle part occupe la Formule E aujourd’hui chez Dams ?

On essaie de se partager entre Formule 2 et Formula E. Même si Dams et e.dams, à l’origine créée par Alain Prost et mon père, sont deux entités différentes, tout est réuni au Mans. Bien entendu, des synergies existent, et 2/3 de nos effectifs sont dédiés à la Formula E. François Sicard, le directeur-général de Dams, se concentre sur la F2. Mon frère et moi sommes plutôt sur la FE.

Avant de reprendre l’entreprise, quel était votre métier ? Parvenez-vous à continuer d’exercer tout en dirigeant Dams ?

Mon frère comme moi avons toujours nos propres activités, et l’aventure Dams, au décès de mon père, est venue s’ajoutée. On a choisi de faire des heures supplémentaires, d’intégrer ce nouveau pan de notre vie professionnelle dans nos agendas. Olivier est entrepreneur, et moi gérant de patrimoine. Nous vivons sur des rythmes différents, et donc nous parvenons à nous organiser.

Olivier et Grégory Driot, lors des tests de pré-saison sur le circuit de Valence, fin novembre 2020 © Shiv Gohil/Spacesuit Media

Comment s’organise votre semaine de travail ?

Je commence par regarder le comportement des marchés financiers, aux Etats-Unis ou ailleurs. Puis la journée est rythmée par des conférences téléphoniques de différents horizons, que ce soit dans le contexte boursier ou dans l’univers sportif. Les réunions sont fréquentes et naturelles avec Nissan, les sponsors, la FIA, ou les organisateurs de la Formula E. Les journées sont bien remplies.

Dams est basé au Mans, terre de sport automobile, mais vous vivez à Genève. Comment gérez-vous cet aspect ?

Nous aimons aller au Mans. Mais les restrictions auxquelles nous avons dû faire face ces derniers mois ne nous ont pas permis de le faire autant que voulu. C’est aussi pour cela que c’est bien d’aller sur les courses, de retrouver les femmes et les hommes de l’équipe. Passer du temps ensemble, se voir, échanger, ça nous manque.

Nissan a visiblement longuement hésité avant de s’engager en Gen 3. Qu’est-ce qui a causé le plus de discussions ? Dans quelle mesure e.dams a été impliqué dans la décision finale ?

Nous échangeons avec Nissan sur de nombreux aspects puisque nous gérons l’écurie pour eux en Formula E. Mais nous ne sommes pas impliqués dans la politique interne de l’entreprise. Nous n’avons aucune influence sur leurs décisions ou leur façon de voir le futur. Ils ont décidé à leur rythme, en fonction de critères qui nous échappent.

Dams a participé six fois aux 24 Heures du Mans, notamment avec Cadillac et Panoz. L’Endurance a retrouvé récemment de la vigueur, est-ce que vous avez des projets en ce sens ?

On regarde, on est toujours ouverts à d’autres choses, d’autres championnats. C’est dans notre ADN, et l’Endurance fait partie des séries que l’on regarde. A ce stade, je suis en mesure de confirmer que des discussions existent, mais je n’ai pas d’annonce à formuler.

Les championnats électrifiés sont eux aussi de plus en plus nombreux, est-ce que c’est quelque chose que vous envisagez ?

Pour être tout à fait transparent, on ne regarde pas dans cette direction. Nous nous concentrons déjà sur ce qu’on a de ce côté. Si des choses se passent dans les championnats où nous sommes déjà présents, par exemple en Formula E avec Nissan, on les évaluera. Mais rien de plus.

Dams a permis à de nombreux pilotes d’éclore. Depuis 1988, 32 pilotes ayant accédé à la Formule 1 sont passés par « l’école » Dams. Quels sont les prochains sur la liste ?

Voilà une question difficile… Les catégories se multiplient, les pilotes sont de plus en plus jeunes. Par ailleurs, les règles pour arriver jusqu’à la Formule 1 ont changé. C’est plus dur d’y accéder car c’est devenu très cher. Il y a eu une balance financière qui a influencé les choix, et je trouve cela malsain. Cela n’empêche pas d’y voir des gens qui sont doués, mais je ne suis pas sûr que tous les pilotes ayant du talent puissent accéder à la monoplace. La réduction des coûts, surtout en monoplace et particulièrement en Formule 1, est quelque chose dont on a besoin. Il faut que les gens qui le méritent, qui ont le talent, puisse accéder à toutes sortes de championnat.

Comment se passe aujourd’hui le recrutement des pilotes de demain, vous qui avez repris cette activité de votre père ?

Sur ce sujet, on se repose beaucoup sur François Sicard, qui a toujours été bon pour analyser des données. C’est son métier. Il observe, repère et nous fait part de son interprétation des statistiques de certains pilotes. Ensuite, on entame des discussions en interne, mais c’est d’abord lui qui identifie les pilotes concernés.

Vous êtes aux commandes de Dams depuis maintenant 18 mois, comment visualisez-vous l’avenir de l’entreprise ?

C’était déjà un sacré challenge, pour mon frère et moi, de reprendre l’entreprise de quelqu’un comme mon père. Il était quelqu’un de très fort et de très charismatique. Aujourd’hui, avec toute l’équipe, on a réussi à tout maintenir en place, à conserver notre esprit de combativité. L’an dernier, on a fini second du championnat en Formula E, dans un contexte difficile. Comme nous l’avons évoqué plus tôt, nous regardons aujourd’hui vers quelque chose qui est dans l’ADN de Dams, comme par exemple l’Endurance.

Pour le moment la Formula E est votre quotidien, comment percevez-vous cette fin de saison, composée de nombreux double-headers ?

Le fait d’avoir deux courses à la suite est intéressant car cela met tout le monde sous pression. En revanche, c’est très contraignant d’un point de vue physiologique pour les équipes. Pour les fans, je trouve que c’est sympa d’avoir deux vainqueurs au lieu d’un dans le même week-end. En revanche, je pense qu’il faudrait simplifier les règles de la série, afin que les gens comprennent mieux le sens des pénalités. Je ne remets pas en cause les règles, mais ce serait bien de rendre les choses plus lisibles. Des choses pourraient être améliorées.

Nissan e.dams a fini 2ème du championnat la saison dernière © Jerome Cambier / MICHELIN

Ndlr : cet entretien a été réalisé le samedi 24 avril au matin, avant les difficultés connues par la Formula E au cours du même week-end. Signe que des besoins d’amélioration étaient déjà perçus par les dirigeants des équipes.

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