Quand Porsche voulait racheter Volkswagen…

Entre 2007 et 2010 l’industrie automobile européenne a vécu l’un de ses feuilletons capitalistiques les plus spectaculaires. Porsche a d’abord tenté d’absorber le géant Volkswagen, avant d’être finalement repris par celui qu’il voulait avaler. Retour sur une bataille financière hors normes.

Didier LAURENT

Signalons d’abord qu’avant de devenir l’un des constructeurs les plus rentables du monde, Porsche a failli tout bonnement disparaître au milieu des années 1990, avant de se tourner vers Toyota en 1992. Mais le constructeur allemand ne retiendra du japonais que ses méthodes de travail bien plus efficientes, gagnant du temps et de l’argent sur ses productions. Il sort surtout de ses cartons un petit modèle, le Boxster, qui deviendra son best-seller jusqu’à l’arrivée du Cayenne, en 2002. De 14 362 ventes mondiales en 1993, Porsche multiplie d’abord par plus de 10 ses performances commerciales en moins de 20 ans, puis dépasse pour la première fois les 300 000 ventes en 2021. C’est un chiffre que la marque tutoie désormais couramment, avec 279 449 ventes en 2025, en baisse de 10 % en comparaison de 2024. Mais son histoire aurait pu être toute autre, notamment au regard du groupe Volkswagen, que Porsche a failli racheter ! Voici comment.

Les premiers pas d’une OPA sous contrainte

Après avoir franchi en mars 2007 le seuil des 30 % du capital de Volkswagen, Porsche est contraint par la loi allemande de lancer une offre publique d’achat (OPA). Officiellement, Stuttgart n’entend pas prendre le contrôle total du groupe de Wolfsburg, invoquant des raisons financières et diplomatiques. Le Land de Basse-Saxe, actionnaire historique à hauteur de 20,3 %, souhaite bien entendu rester au capital. Porsche fixe donc un prix volontairement inférieur au cours de la Bourse afin de décourager les actionnaires afin que l’OPA échoue. La participation de Porsche dans Volkswagen atteint néanmoins 30,97 %, soit un niveau suffisant pour peser lourdement dans la gouvernance. En outre, Porsche annonce des résultats financiers spectaculaires, avec un bénéfice net triplé à 4,2 milliards d’euros. Mais cette performance est largement portée par sa participation dans Volkswagen, qui dispose d’une force de près de 325 000 salariés contre seulement 11 000 chez Porsche. Ce qui n’empêche pas ses stratèges de Porsche d’avoir des plans ambitieux. 

Porsche affiche son appétit

Début 2008 Porsche devient officiellement une société européenne sous le nom de Porsche Automobil Holding SE, avec l’intention de prendre le contrôle du groupe VW. En toute logique des tensions sociales apparaissent, et le comité d’entreprise de Volkswagen conteste la composition paritaire du conseil de surveillance de Porsche SE. Wendelin Wiedeking, patron emblématique de Porsche, obtient néanmoins le feu vert du conseil de surveillance pour porter la participation de sa marque dans Volkswagen au-delà de 50 %. En septembre 2008, le monde automobile pense que le petit constructeur de luxe, proche de la faillite 15 ans plus tôt, va absorber le géant allemand. Mais cela ne manque pas de faire des remous à la bourse, pesant sur la rentabilité de la marque.

Et contre toute attente…

En janvier 2009 Porsche annonce avoir franchi le seuil de 50 % dans Volkswagen, à 50,76 % exactement. Avec un effet collatéral imposé par la loi allemande, qui consiste à devoir lancer une OPA cette fois sur Scania, une marque de camions dont Volkswagen est actionnaire. Porsche n’est bien sûr pas intéressé, et fera une offre volontairement minime pour échouer. Les comptes de Porsche affichent un bénéfice net à 5,6 milliards d’euros sur le premier semestre de l’exercice 2008-2009, mais principalement grâce à la flambée du titre Volkswagen, et avec une dette qui triple à 9 milliards d’euros dans un marché automobile compliqué.

La presse allemande évoque alors l’entrée d’un nouvel investisseur et, surtout, la possibilité que Porsche doive céder le contrôle de Volkswagen, qu’elle pensait finaliser. A ce moment-là les deux branches familiales actionnaires de Porsche annoncent un accord de principe mais deux scénarios s’opposent. D’un côté Wolfgang Porsche souhaite une nouvelle holding chapeautant Porsche et Volkswagen, d’un autre Ferdinand Piëch voit une fusion inversée dans laquelle Volkswagen prendrait le contrôle de Porsche AG. Puis, en août 2009, Volkswagen s’engage à racheter 42 % de Porsche AG pour 3,3 milliards d’euros, et c’est le Qatar, via le fonds d’investissement Qatar Holding, qui siffle la fin de la partie en devenant le 3ème actionnaire du groupe Volkswagen au gré d’une injection de 7 milliards d’euros. C’est cette action qui fera basculer la prise de contrôle progressive de Porsche par le groupe de Wolfsburg.

En novembre Wendelin Wiedeking quitte la direction de Porsche, les actionnaires de Volkswagen approuvent une augmentation de capital de plus de 8 milliards d’euros, avant de prendre le contrôle total de Porsche moins de deux ans plus tard. En trois ans, Porsche est passé du statut de prédateur à celui de proie, devenant la dixième marque du groupe Volkswagen. Jusqu’à ce qu’elle devienne la marque de luxe la plus vendue dans le monde.

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