Marché Français : un mois de mai 2026 qui cache la vérité

Beaucoup se félicitent de la percée des véhicules électriques, encore que l’on fait dire ce que l’on veut aux chiffres. Ce mois de mai 2026 est l’arbre qui cache la forêt.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Groupe Stellantis

Les experts tempèrent, les chiffres dévoilent une autre vérité

Selon les thermomètres de précision de l’expert AAA DATA, le marché français des voitures particulières neuves a joué la carte de la constance en avril 2026. Avec 138 339 fiches d’immatriculation enregistrées sur 21 jours ouvrés, le secteur affiche une stabilité de métronome par rapport à l’exercice précédent. Toutefois, à regarder le rétroviseur du premier quadrimestre, le cumul annuel de 539 894 unités concède une légère baisse de régime de 2 %.

Si le volume global stagne, les dynamiques internes s’entrechoquent avec des particuliers qui sont plus nombreux à signer un bon de commande, 60 115 acquisitions (+11 %), ce qui représente désormais 43 % du gâteau. À l’inverse, le monde de l’entreprise fait preuve de frilosité : les flottes de sociétés chutent de 15 % tandis que les loueurs de longue durée reculent de 3 %. Si l’achat classique garde la cote (+6 %) et que la LOA progresse à peine (+5 %), la formule de la Location Longue Durée (LLD) s’offre une véritable envolée avec une progression XXL de 25 %.

Pour Marie-Laure Nivot, analyste en chef chez AAA DATA, cette transition à marche forcée ne doit rien au hasard : l’attraction gravitationnelle des aides publiques renforcées et le déploiement d’un catalogue de modèles de plus en plus démocratiques agissent comme de puissants aimants. Les flottes professionnelles, prises en étau par la taxe annuelle incitative et le rabotage de l’avantage en nature, n’ont d’autre choix que de se brancher sur le secteur. De plus, la promesse gouvernementale d’un « leasing social » élargi à l’ambitieux cap des 100 000 véhicules pour juin dérègle légèrement la logique du marché.

Il est donc inutile de crier victoire, car il y a des chiffres bien plus inquiétants si l’on point la différence du volume de ventes pour 2026 comparé à l’année référence avant Covid, soit 2019. Dans cet exercice là, le groupe Stellantis perd 47,64 %, -48,75 % pour Citroën, -44,41 % pour DS… -60,50 % pour Fiat, c’est vertigineux, même Opel accuse un recul de 54, 82 % ! Dans le groupe Renault, c’est moins alarmant, mais quand même -13,77 % pour Dacia, -30,23 % pour Renault ! Le groupe Volkswagen résiste mieux avec -14,72 %, BMW tire le mieux son épingle du jeu avec un quasi statu quo, -1,33 % ! Pour Mercedes, c’est alarmant, -40,79 % ! Ford accuse -63,14 %, Nissan -41,69 %, -23,06 % pour le groupe Hyundai, -79,67 % pour Mitsubishi ! A la vue de ces chiffres qui font froid dans le dos, les groupes européens n’ont plus d’alternatives, ils doivent s’allier aux Chinois qui veulent conquérir l’Europe. D’ailleurs, le marché européen est le seul à accuser encore un déficit sur l’ère d’avant-Covid, quand les marchés US, Chinois et d’Amérique Latine ont retrouvé leur rythme de croisière.

En France, le marché en 2019 du véhicule neuf particulier affichait 2 214 279 ventes, alors que l’exercice 2025 s’est conclu avec 1 630 000 exemplaires écoulés, un niveau qui revient à celui de l’après-Covid en 2020. Il faut revenir à 1993 pour voir des chiffres en-dessous des 1,8 million de ventes écoulées à l’année.

Le leasing social, le dérèglement du marché français en approche

Le véhicule électrique continue son ascension, 36 216 voitures neuves 100 % électriques ont pris la route, signant une hausse volcanique de 42 % par rapport à l’an dernier. Au cumul de l’année, cette énergie verte s’accapare plus d’un quart des ventes (27 %). L’État a admirablement bien préparé le terrain en déployant un arsenal d’incitations financières : un coup de pouce pouvant atteindre 5 700 € pour les budgets modestes, magnifié par un surbonus « batterie européenne » allant jusqu’à 2 000 €. Ces aides financières étant quand même de l’argent public, dons les impôts des contribuables !

Cette politique incitative trouve un écho parfait chez les constructeurs, dont les catalogues débordent désormais de propositions. Le paysage s’est métamorphosé en deux ans, passant de 114 modèles électriques en mars 2024 à 181 propositions au printemps 2026. Attention cependant au piège du leasing social, où le montant pour solder cette LOA ne sera certainement pas accessibles à ces ménages les plus modestes.

Les moteurs thermiques à la peine, l’hybride essaie de résister

Les véhicules qui ne sont pas électrisés s’effondrent littéralement, -24 % pour les essence alors que le diesel ne représente plus que 3 % du marché. Les modèles hybrides résistent mais accusent quand même une érosion du marché : -13 % avec 30 472 unités. Le marché de la seconde main subit lui aussi les contrecoups de cette grande mutation énergétique. Au total, le marché de l’occasion (VPO) accuse un coup de fatigue avec 426 620 transactions recensées, soit un repli de 11 % sur le mois. En revanche, le marché de l’occasion pour les véhicules électriques devient un vrai marqueur de cette transition avec un bond de 63 % pour atteindre 26 092 transactions, s’accaparant 6 % du secteur de la seconde main.

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