Ceer, l’Arabie saoudite arrive sur le marché automobile
Soutenue par le fonds souverain saoudien et le géant taïwanais Foxconn, la jeune marque Ceer lève le voile sur deux fleurons électriques au design futuriste destinés à affranchir le royaume de sa dépendance à l’or noir.
Texte : Gaël Angleviel / Images : Ceer Automotive
Ceer : l’Arabie saoudite dévoile ses monstres électriques
En bref :
- Ambition saoudienne : Né du partenariat entre le fonds souverain PIF et Foxconn, Ceer pose les fondations d’une industrie automobile nationale intégrée au cœur du plan Vision 2030.
- Performances démesurées : Incarnés par le concept Exobot, le SUV et la berline revendiquent plus de 1 100 ch, un 0 à 100 km/h expédié en 2,1 secondes et une architecture multi-moteurs (Rimac, Hyundai, BMW).
- Lancement début 2027 : La production en série démarrera en janvier 2027 avec ces deux modèles amiraux, suivis d’une déferlante de cinq nouveaux véhicules configurables pour les marchés mondiaux.
Ceer Automotive, tout premier constructeur d’Arabie saoudite, frappe du poing sur la table avec un duo d’électriques aux lignes tranchées comme un coup de serpette. Née en 2022 d’un mariage de raison entre le fonds souverain saoudien (PIF) et le géant industriel taïwanais Foxconn, la firme s’inscrit au cœur de la stratégie Vision 2030 pour embraser la politique de diversification économique du royaume.
Implantée à King Abdullah Economic City sur la côte ouest, l’usine s’insère dans un véritable cluster automobile aux côtés de Lucid et d’équipementiers de renom comme Hyundai Transsys. Pour lancer les hostilités sur le segment E, Ceer dégaine les deux variantes de son modèle amiral baptisé Exobot : un SUV et une berline. Tous deux arborent une silhouette en coin acérée et un toit vitré colossal, véritable puits de lumière inédit sur la production mondiale actuelle.


S’exprimant en exclusivité pour Autocar, le patron de Ceer, James DeLuca, confie que la griffe visuelle subversive des véhicules découle directement des exigences du prince héritier Mohammed ben Salmane, également président du PIF.
« Son Altesse Royale nous a véritablement poussés dans nos retranchements », raconte James DeLuca. « J’exerce dans cette industrie depuis 47 ans et notre directeur du design, Rob Melville, nous vient de chez McLaren. Nous pensions avoir accompli un travail remarquable, mais le conseil d’administration nous a rétorqué : « Ne nous montrez pas ce que fait le reste du monde, nous voulons quelque chose d’inédit, d’unique et de différent ». Nous offrons un objet volant non identifié dans le paysage automobile, et lorsque nous lancerons ces voitures, le monde entier va braquer ses projecteurs sur nous. »
Un arsenal technologique au service de performances volcaniques
Les Exobot berline et SUV se distinguent par une signature lumineuse spectaculaire composée de 32 éléments (clin d’œil subtil à l’année 1932, date de l’unification de l’Arabie saoudite) et de spectaculaires portes papillon. « Nous appelons cela une porte, mais c’est en réalité tout un flanc de carrosserie qui s’élève », s’amuse James DeLuca. Dépourvus de montant B, ces ouvrants ont été étudiés pour pivoter sans réclamer plus d’espace latéral qu’une portière conventionnelle.

Dans l’habitacle, la planche de bord marie l’ergonomie d’un grand écran central au toucher rassurant de boutons physiques. La débauche technologique se poursuit avec une direction par câble (steer-by-wire) supprimant ainsi la colonne de direction, des excitateurs acoustiques en guise d’haut-parleurs, un système de refroidissement halo et un pare-brise teinté d’argent pour faire barrage au soleil de plomb du désert. Côté franchissement, le SUV n’a rien d’un simple baroudeur des galeries marchandes : il a été taillé pour braver les dunes. « Nous voulions un utilitaire capable d’insuffler un vent d’aventure aux peuples d’Arabie saoudite et du Golfe », précise DeLuca.
Sous la robe, le ramage se montre à la hauteur du plumage. Développée sur la plateforme modulaire de Foxconn (le titan derrière l’assemblage des iPhone), la mécanique fait appel aux cadors du secteur : BMW apporte ses 100 ans d’ingénierie, Rimac fournit le moteur électrique arrière tandis que Hyundai Transsys anime le train avant. Bilan : la déclinaison ultime crache plus de 1 100 chevaux, expédie le 0 à 100 km/h en 2,1 secondes et s’offre même un mode drift et un launch control.


Feu vert pour 2027 et ambitions internationales mesurées
Les essais sur prototypes touchant à leur fin, Ceer entre dans la phase ultime de validation produit. Le coup d’envoi de la production en série retentira en janvier 2027, pour des premières livraisons attendues dès le mois de mars. Fort de ses états de service chez General Motors puis à la tête de la jeune pousse vietnamienne VinFast, James DeLuca prône une rigueur absolue : « Je refuse de commercialiser quoi que ce soit tant que le produit n’est pas parfaitement mûr. Nous avons réuni des experts issus de 45 pays et structuré un processus rigoureux. Nous ne sommes pas des cow-boys du secteur. »
Se concentrant d’abord sur l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, où la part de l’électrique ne représente encore que 3 % des ventes, Ceer prépare déjà l’artillerie lourde. Dès l’année prochaine, trois nouveaux modèles du segment D (berline, SUV et SUV coupé) rejoindront les rangs, avant des propositions plus compactes en 2028.
Si ces futurs véhicules disposeront de l’homologation mondiale, la prudence reste de mise : « Notre plan de marche s’étire jusqu’en 2040 et se focalise sur le marché du Golfe, qui suffit amplement à assurer notre rentabilité », glisse le dirigeant. « Cela dit, il ne faut jamais dire jamais. Je préfère ressembler à ce petit restaurant italien de quartier qui maîtrise parfaitement sa recette avant d’ouvrir d’autres enseignes. » Pragmatique, Ceer se réserve également la possibilité d’adapter sa plateforme modulaire pour accueillir des motorisations hybrides rechargeables ou des prolongateurs d’autonomie si la demande du marché l’exige.

L’étincelle d’une véritable filière industrielle nationale
Face aux interrogations sur la pérennité des investissements saoudiens (alors que certains projets pharaoniques comme la mégapole Neom ont été révisés à la baisse), James DeLuca se veut catégorique : « Je peux vous affirmer en toute confiance que nous bénéficions du soutien total du Royaume, avec un plan d’affaires entièrement financé jusqu’en 2040. Nous sommes sur le point de devenir la vitrine la plus éclatante de Vision 2030. »
Balayant les critiques environnementales et politiques entourant la communication du régime saoudien, le patron insiste sur l’empreinte industrielle concrète générée sur le terrain : « Nous ne créons pas seulement une marque automobile, nous allumons l’étincelle de toute une industrie. Nous avons déjà attiré cinq équipementiers mondiaux de premier rang et estimons la création à 30 000 emplois directs et indirects. » Aujourd’hui, 46 % des 2 300 employés de Ceer sont des locaux, et la marque vise 45 % de pièces produites localement d’ici 2034. « Lorsque vous déambulez dans l’usine, vous voyez la jeunesse saoudienne (hommes et femmes) animée par la fierté et l’envie d’apprendre. C’est une histoire formidable qui dépasse largement les querelles politiques », conclut James DeLuca.








