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Essai Land Rover Defender 110 D240 : 100 000 € dans la boue et les ronces

Enfin 102 936 € pour être précis : 82 936 € pour le Land Rover Defender –un diesel de 4 cylindres très bien optionné et 20 000 € de malus. L’engin a beau être une icône, il ne fait pas de miracle de ce côté.

Tout le monde connait le « Def » ou encore le « Land », voiture rustique, carrée, incassable et qui grimpe aux arbres grâce à son châssis échelle. Position de conduite difficile, peu de place pour le conducteur, intérieur lavable au Kärcher, le Defender emploie la même recette depuis plus de 70 ans. Mais ça, c’était avant.

En devenant plus chic, plus gros et plus polyvalent, le Defender 2020 ferait presque « luxe ». En termes de style, on adore ou on déteste, mais il ne laisse pas indifférent. A l’intérieur, on ne peut pas parler d’une classe britannique avérée. C’est partout du plastique dur, qui fait solide mais pas haut de gamme, et des matériaux sûrement résistants à l’usure mais qui manquent de finesse. On reste donc dans l’esprit d’origine, même si on est bien sûr dans un univers totalement différent.

Ce qui change le plus, c’est aussi la taille de l’engin (plus de 5 m de long avec la roue de secours) et sa technologie. Alors que les anciennes générations offraient des possibilités tout-terrain très élevées grâce à des technologies mécaniques, la nouvelle formule mise tout sur l’électronique. La suspension pneumatique peut s’ajuster sur plusieurs niveaux (et même aller jusqu’à très haut dans des cas particuliers), la transmission est gérée par un bloc informatique qui réagit selon des modes. La voiture avance, monte, descend toute seule dans les situations les plus délicates. Même un débutant pourra faire des miracles en sortant des sentiers battus au volant de cet engin.

Notre sortie du jour, organisée par Land-Rover à Forest Hill, en région parisienne, en promet beaucoup. En arrivant à l’entrée du domaine, on voit même des panneaux « stage de survie ». On se doutait que ça pouvait être difficile, mais à ce point… En réalité, une fois la transmission et les suspensions programmées, le bon mode de gestion de la mécanique entré, prendre ces chemins boueux se fait sans la moindre appréhension. Là où on resterait planté avec une immense majorité de la production automobile, le Defender ne faiblit jamais. C’est presque décevant tellement c’est facile.

Pour avoir eu la chance de faire quelques raids 4×4 autour de la planète, avec des difficultés marquées et du matériel pas toujours au niveau, je mesure alors pleinement les progrès réalisés et surtout ce que l’électronique apporte en gestion de conduite off-road. L’exemplaire qui nous a été confié –seulement 330 km à la mise en route– progresse sur le parcours dédié sans jamais donner signe de faiblesse.

Il faut faire attention où on met les roues, à prendre la bonne trajectoire pour ne pas se trouver dans une position trop périlleuse, mais c’est franchement facile. Et pourtant, il n’avait même pas de pneus spécifiques ! Cette impression d’être invincible, de penser qu’il ne peut rien se passer, c’est à la fois amusant et dangereux. On a tellement confiance dans l’engin que lorsqu’une difficulté se pointe on l’ignore, voire on la sous-estime. Car, malgré la simplicité apparente du parcours et les capacités de notre monture, nous avons appris que certains confrères avaient parfois eu du mal à se jouer de certaines situations, voire y étaient restés quelques longues minutes en attendant l’assistance.

Plus routier que jamais

L’autre immense différence entre l’ancien Defender et le nouveau, c’est que la version 2020 est agréable à conduire sur route. Le Defender remplace son châssis échelle par une structure monocoque en aluminium et des suspensions indépendantes. En termes de comportement routier, de confort de roulage, c’est le jour et la nuit. Certes, la bête est imposante, et ne peut peut-être pas pénétrer dans tous les parkings souterrains. Mais le Defender 2020, doté de son moteur diesel plutôt bien insonorisé, peut alors se transformer en voyageur au long cours, d’autant que la position de conduite est vraiment meilleure.

Offrant une bonne tenue de route, un feeling intéressant des freins comme de la direction, il procure un certain agrément de conduite grâce au couple du 4 cylindres diesel qui permet de disposer de suffisamment de puissance à chaque instant. Dans ces conditions, on se demande si une version « normale », débarrassée de certains de ses nombreux équipements et assistances dédiés au off-road, ne pourrait pas avoir une carrière commerciale de bon niveau, avec des tarifs plus doux. Par ailleurs, il est permis de se demander qui va dépenser autant pour aller jeter son SUV top niveau dans les ornières, la boue et les branches. Nous l’avons fait avec plaisir pour répondre aux besoins de ce reportage. Mais est-ce toujours la finalité du Defender ?

Les vrais baroudeurs, à la bourse bien garnie, donneront la réponse au fil des prochaines semaines, en scrutant les chiffres de vente de ce nouveau jouet, plutôt réussi en design, ultra équipé et qui fait toujours envie quand on aime l’automobile, malgré toutes les misères qu’on lui fait aujourd’hui. A propos, le nouveau Defender existe aussi en hybride rechargeable et pourra donc gravir quelques rochers en tout-électrique. Les écolos y trouveront toujours à redire, mais au moins Land-Rover a apporté une réponse, qui évitera aussi de devoir assumer un trop gros malus. Le Defender connait un succès implacable depuis plus de 70 ans, est-ce qu’un jour ça s’arrêtera ?

Didier LAURENT

Photos : Greg

Fiche technique – Land Rover Defender 110 D240

Longueur : 4,76 m (5,02 m avec la roue de secours) 
Largeur : 2,01 m 
Hauteur : 1,97 m 
Empattement : 3,02 m 
Garde au sol : de 22 à 29 cm (positions standard/tout-terrain) 
Volume du coffre : 857 à 1 946 l
Capacité du réservoir : 85 l
Pneumatiques : 255/60 R20

Moteur : 4 cylindres diesel, turbo
Cylindrée : 1 999 cm3
Puissance : 240 ch
Couple : 430 Nm
Transmission : intégrale permanente
Boîte de vitesses : BVA8

Poids : 2 323 kg
0 à 100 km/h : 9,1 s
Vitesse maxi : 188 km/h

Consommations : 8,9 l/100 km
Rejet de CO2 : 234 g/km
Malus : 20 000 €

Photos – Essai Land Rover Defender 110 D 240

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