Ferrari Luce : le Cheval Câblé !

Les puristes vont adorer la détester, Maranello vient de franchir une ligne rouge avec la première Ferrari 100 % électrique, la Luce ! Elle sera l’objet automobile le plus commenté ces prochains jours, peut-être en bien mais très certainement en mal !

Texte : Gaël Angleviel / Images : Ferrari Spa

Luce, Maranello entre dans l’ère électrique

En bref :

  • Première Ferrari entièrement électrique, dessinée par Jony Ive (LoveFrom), pas par les équipes internes
  • 4 moteurs électriques pour 1 050 Ch, 0 à 100 km/h en 2,5 s, vitesse max 310 km/h
  • Batterie de 122 kWh, autonomie annoncée de 530 km, charge rapide jusqu’à 350 kW
  • Première 4 portes / 5 places de Ferrari, avec portes antagonistes et coffre de 597 litres
  • Prix attendu aux alentours de 600 000 €, livraisons non encore confirmées

Le moment que beaucoup redoutaient et que certains espéraient ne jamais voir est arrivé. La Ferrari Luce, première voiture 100 % électrique de Maranello, a été dévoilée quelques semaines après les premiers clichés de l’intérieur que Ferrari avait présentés. Pour concevoir cette première voiture électrique Made in Maranello (Il Commendatore doit se retourner dans sa tombe), le constructeur ne fait pas appel à ses designers habituels, Zagato, Pininfarina et Scaglietti. Non, le choix est plus étonnant : confier le design, carrosserie et habitacle, non pas à son équipe interne dirigée par le chef styliste Flavio Manzoni, mais à LoveFrom (le collectif créatif cofondé par Sir Jony Ive), cerveau derrière l’iPhone, et Marc Newson. Deux des designers industriels les plus influents de leur génération, dont les œuvres habitent vraisemblablement votre maison, voire votre poche en ce moment précis.

Et ni l’un, ni l’autre, n’avait jamais dessiné une voiture… jusqu’à aujourd’hui ! Ferrari voulait quelque chose de radical, de singulier, capable d’attirer une nouvelle clientèle dans le giron du Cheval Cabré. LoveFrom a apporté une perspective inédite, accouchant d’un langage formel totalement inédit. La liberté leur avait été donnée de « concevoir une forme disruptive mais cohérente ». Le fil conducteur : la simplification. Des lignes évoquant des formes fermées, des surfaces lisses, des volumes purs. Ainsi, ce monolithe mérite qu’on s’y penche dans le détail, car pour la première fois, c’est l’habitacle qui a dicté la forme du véhicule, les lignes ont été dessinées autour de ce dernier. Habituellement, Ferrari part d’une base moteur, avant ou arrière, et dessine ainsi une sportive ou une GT.

La Luce adopte une forme difficile à intégrer dans une catégorie, c’est un crossover qui dessine une forme plus haute qu’une berline ou une GT, mais plus basse qu’un SUV. Avec une ceinture de caisse marquée assez haute et une hauteur de 1,54 m, elle est plus basse que le SUV de la marque Purosangue avec ses 1,58 m, mais reste légèrement plus haute qu’une Porsche Taycan et ses 1,38 m.

De nouveaux codes stylistiques

De face, il est impossible de passer outre son immense verrière, qui coule sans interruption depuis la calandre jusqu’à la malle arrière. Cette dernière vient s’effacer sous des ailerons aérodynamiques flottants à chaque extrémité. L’imposant bandeau noir en façade semble prolonger un motif déjà entrevu sur les Ferrari F80 et 849 Testarossa. Quant aux deux grands balais d’essuie-glace, les stylistes les ont dissimulés dans les montants A, un tour de passe-passe qu’on ne perçoit qu’au second regard. Une astuce que l’on a déjà vu par le passé… sur des monoplaces ou autres crossovers plus populaires. Quelques détails évoquent furieusement l’inspiration de la firme à la pomme, comme la vue du dessus, où l’on pourrait y voir une évocation du smartphone Apple.

Comme sur toute voiture électrique qui se respecte, l’aérodynamique a sculpté chaque centimètre de la Luce. Toutes les surfaces ont été polies jusqu’à l’obsession, sans arête vive, sans creux pour laisser l’air glisser sans entrave. Résultat : le coefficient de traînée le plus bas jamais atteint par une voiture de série sortie de Maranello. Autre première pour Ferrari : une calandre aérodynamique active, s’ouvrant à la demande pour refroidir les organes mécaniques. La garde au sol peut s’abaisser de 10 mm pour maximiser l’efficience. Et la Luce chausse les plus grandes roues jamais montées sur une Ferrari de série : un jeu asymétrique sur mesure, 23 pouces à l’avant, 24 pouces à l’arrière. A l’arrière, un clin d’œil à l’héritage de Ferrari est présent (comme dans l’habitacle), avec des feux ronds qui évoquent des Ferrari classiques comme les 360 Modena ou 458 Italia.

L’habitacle, un Apple Store !

Si vous avez réussi à vous remettre du choc visuel de l’extérieur, il faut à présent découvrir l’habitacle. L’inspiration vient directement de l’univers Apple, avec un fait remarquable à noter : l’absence du tout-écran. Un seul trône au centre de la console, point névralgique de ce dernier, il est accompagné d’un autre clin d’œil au passé : le volant à trois branches. Oui, nous aussi, on cherche encore ce mariage forcé entre l’ancien monde et le nouveau ! Certes, il est usiné dans un bloc d’aluminium 100 % recyclé et fini à la main, il s’inspire des légendaires volants Nardi qui équipaient les Ferrari des années cinquante et soixante.

Depuis des années, les volants Ferrari débordaient de boutons et de commutateurs, concentrant quasiment toutes les fonctions de la voiture. Sur la Luce, deux groupes de touches analogiques simples sur chaque rayon supérieur, plus un bouton de clignotant de chaque côté, une épure qui tranche avec la surcharge habituelle. Derrière le volant, le combiné d’instruments est fixé directement à la colonne de direction. Il met en scène un assemblage d’écrans OLED créant un effet tridimensionnel saisissant depuis la place du conducteur : deux dalles superposées, la première ajourée pour révéler la seconde en arrière-plan. Le tout pivote avec le volant, maintenant la perspective parfaitement optimisée quelle que soit la position du conducteur.  L’écran central est monté sur rotule, permettant de l’orienter vers le conducteur ou le passager. Un repose-paume en dessous facilite son utilisation en mouvement.

Mais cet habitacle épuré conviendrait parfaitement dans n’importe quel crossover d’un constructeur généraliste, convaincra-t-il pour la clientèle Ferrari ? C’est toute la question qui hantera Maranello jusqu’aux premiers bons de commande. Mais cette Luce innove également dans son habitabilité, 4 portes mais 5 places assises grâce à l’absence d’un tunnel de transmission, c’est la première Ferrari à proposer cela. Elle bénéficie également du plus grand coffre jamais proposé : 597 litres, loin devant celui du Purosangue ou d’une Mercedes Classe S.

Quelques petits détails remarquables

Si on observe bien de près les petits détails de cette planche de bord, quelques éléments sont bien pensés et font la fierté de Ferrari. Dans cet écran pivotant qui trône au milieu de la console, dans  le coin supérieur droit trône un « multigraphe » mécanique à lunette aluminium, avec ses propres boutons dédiés. Cette pièce d’horlogerie embarquée, à aiguilles indépendantes, peut se muer en horloge simple, en boussole, ou en chronomètre, qui, une fois le Launch Control activé, décompte cinq secondes avant le départ. Déclencher ce Launch Control est lui-même tout un rituel. Un grand interrupteur logé dans le panneau de pavillon doit être tiré vers soi pour amorcer la séquence, un geste théâtral, presque cérémoniel, qui n’existe dans aucune autre Ferrari moderne.

Quelques touches physiques subsistent pour la climatisation, apportant une sensorialité bienvenue dans un univers par ailleurs très numérique. L’interface elle-même est entièrement repensée. L’influence Apple ne se limite pas à l’esthétique : elle imprègne aussi le logiciel. La clé intègre un écran « e-ink » qui se transforme lorsqu’elle est insérée dans son dock sur la console centrale. Et pour rassurer ceux que hantent les souvenirs des clés digitales BMW perpétuellement à plat, ce type d’écran ne consomme de l’énergie que lors des changements de couleur.

De la puissance, mais pour quelle autonomie ?

Troquant les V8 et V12 maison pour une architecture gavée aux watts, Ferrari déroule une fiche technique de premier ordre. Avec 4 moteurs électriques indépendants (deux par essieu), la puissance culmine à 1 050 ch, soit l’équivalent de ce que déploie la 849 Testarossa. Mais la Testarossa et son V8 hybride rechargeable ne peuvent rivaliser avec le couple combiné de 11 500 Nm délivré par la Luce en mode Launch. Le 0 à 100 km/h s’abat en 2,5 secondes, le 0 à 200 km/h en 6,8 secondes. La vitesse maximale culmine à 310 km/h.

Mais, c’est sous le plancher que Ferrari loge une batterie de 122 kWh, la plus dense jamais installée dans une voiture électrique. Pour autant, l’autonomie revendiquée est de… 530 km ! Une donnée qui fait un peu tache sur la fiche technique, tant la concurrence fait largement mieux avec une batterie moindre, comme la BMW iX3 et ses 108,7 kWh offrant 805 km WLTP. Néanmoins, la Ferrari compte deux fois plus de moteurs que la BMW, et son credo réside dans la performance ultime en toutes circonstances, cela devra être l’argument commercial pour faire passer la pilule. Sa technologie 800V et avec une puissance de charge maximale de 350 kW, une recharge presque complète en moins de trente minutes semble tout à fait atteignable.

Reste que Ferrari prend un très gros risque et n’a pas suivi le même chemin que son rival Lamborghini. Car en effet, le constructeur de Sant’Agata a purement et simplement annulé son projet de véhicule électrique. Le PDG Stephan Winkelmann a confié que ses clients « ne voient pas l’électrique comme une alternative aujourd’hui » et qu’une telle offre serait « la mauvaise proposition pour les prochaines années ». Aston Martin, de son côté, a repoussé son premier véhicule électrique, promettant seulement une arrivée « avant la fin de la décennie ». Interrogé sur le choix du moment pour lancer la Luce, le PDG Vigna a répondu : « Nous voulons démontrer notre capacité à maîtriser toute technologie de manière unique, au service des émotions de conduite de nos clients. Et nous voulons aussi toucher une nouvelle clientèle qui souhaite acheter une Ferrari, à condition que ce soit une voiture électrique. »

Le prix est l’un des rares détails que Ferrari n’a pas encore confirmés. Mais au regard de l’ingénierie déployée et des composants sur mesure qui constituent cette voiture, on s’attend à un tarif avoisinant les 600 000 €. Une somme vertigineuse et qui ferait de la Luce l’une des voitures électriques les plus chères jamais produites. À titre de comparaison, la Ferrari Purosangue débute aux alentours de 360 000 €, un chiffre qui grimpe bien au-delà de 480 000 € dès que les clients commencent à cocher les options.

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