Great Wall vise un plan ambitieux en Europe
Great Wall Motor regarde désormais l’Europe comme un pilier industriel, pas seulement commercial. Le constructeur chinois vise une capacité annuelle de 300 000 véhicules produits sur le sol européen d’ici 2029. Et il explore activement plusieurs pistes pour implanter sa toute première usine automobile sur le continent.
Texte : Gaël Angleviel / Images : Great Wall Motor
Le constructeur chinois Great Wall ambitionne très gros en Europe
Ce projet industriel s’inscrit dans une stratégie plus large. En octobre, GWM a confirmé l’arrivée d’une première vague de modèles destinés au marché européen. Sept nouveautés ou dérivés minimum sont prévus à partir de mi-2026, pour couvrir les segments à fort volume. Cette démarche suit une tendance déjà engagée par ses compatriotes. BYD construit actuellement des usines en Hongrie et en Turquie. Xpeng, de son côté, a choisi une autre approche : ses modèles européens seront assemblés en Autriche, chez le sous-traitant Magna Steyr, à Graz. Mais la marque chinoise envisage aussi sa propre implantation industrielle sur le Vieux Continent.
Chez Great Wall, les équipes étudient plusieurs options. L’Espagne et la Hongrie font partie des pays en lice. L’information a été confirmée par Parker Shi, président de GWM International, lors d’un entretien accordé au siège du groupe, dans la province chinoise du Hebei. Il s’agit de la première mise à jour officielle sur ce sujet depuis 2023, année où le président Mu Feng évoquait déjà un projet industriel ambitieux en Europe, avec une phase de repérage des sites.
Selon Reuters, c’est la première fois que l’objectif précis de 300 000 véhicules par an en Europe est rendu public. La gamme prévue pour l’Europe sera large. Très large. Great Wall annonce des modèles à moteur thermique classique, des hybrides simples, des hybrides rechargeables, mais aussi des véhicules 100 % électriques. L’idée est claire : couvrir tous les types de motorisations, sans se limiter à l’électrique.
Un première modèle déjà prévu pour conquérir le Vieux Continent
Le premier modèle majeur de cette offensive s’appellera Ora 5. Il s’agit d’un SUV compact, dévoilé récemment au salon automobile de Guangzhou. Sa version européenne est attendue au milieu de l’année prochaine. Great Wall compte attirer les acheteurs de masse avec plusieurs déclinaisons mécaniques, afin de répondre aux différents usages et niveaux de budget. En Chine, les précommandes ont déjà débuté pour la version 100 % électrique de l’Ora 5. Son prix de départ est fixé à 109 800 yuans, soit environ 13 400 euros. Pour l’Europe, aucun tarif n’est encore communiqué.
Le choix du pays d’implantation ne se limite pas à une question de carte. Les coûts de main-d’œuvre, la logistique, les infrastructures portuaires et ferroviaires, ainsi que les délais d’acheminement des pièces jouent un rôle central. Dans un premier temps, Great Wall devra expédier une grande partie de ses composants depuis la Chine pour assembler les véhicules sur place.
La marque surveille aussi de près les décisions de l’Union européenne. Les évolutions en matière de politique industrielle, de subventions et de droits de douane peuvent faire basculer la balance. Parker Shi se veut pragmatique : pour lui, chaque scénario doit être économiquement viable. Sinon, le risque serait trop grand, car il s’agit d’un investissement massif, pensé sur le long terme.
Les constructeurs chinois face au défi de l’Europe
Si les constructeurs chinois accélèrent leur internationalisation, c’est aussi pour échapper à la guerre des prix féroce qui sévit en Chine, conséquence directe d’une surcapacité industrielle. Mais en Europe, l’expansion se heurte à un obstacle majeur : les surtaxes appliquées aux véhicules électriques chinois. Un problème d’autant plus sensible que ce segment est justement leur point fort.
Pour Great Wall, il ne suffit donc pas d’arriver sur le marché. Il faut aussi gagner des parts face aux acteurs historiques européens, mais aussi face à d’autres constructeurs chinois déjà bien implantés, comme BYD. Selon Reuters, BYD verrait d’ailleurs l’Espagne comme le candidat numéro un pour sa troisième usine européenne, en complément de la Hongrie et de la Turquie. Great Wall possède déjà des sites de production hors de Chine, notamment en Russie, en Thaïlande et au Brésil.
Malgré ses ambitions, Great Wall reste encore discret sur le marché européen. Sur les dix premiers mois de l’année, la marque n’a immatriculé que 3 214 véhicules, soit une baisse de 23 %, selon l’institut Dataforce. Mais le constructeur vise beaucoup plus loin. Son objectif global est d’atteindre 1 million de ventes annuelles à l’international d’ici 2030.
L’an dernier, il en était déjà à plus de 450 000 unités. C’est précisément pour cela que l’Europe devient prioritaire. La cadence doit s’accélérer. Tout doit aller plus vite. Parker Shi en est convaincu : le potentiel reste énorme. Pas seulement pour l’électrique, mais sur l’ensemble des motorisations. Et la future usine européenne de Great Wall ne se limiterait pas à un type de véhicule. Elle assemblerait aussi bien des modèles thermiques classiques que des voitures 100 % électriques.


