L’Europe fait marche arrière sur l’interdiction du thermique en 2035

Soumis au vote ce mardi 16 décembre 2025, la Commission européenne a assoupli les règles sur l’interdiction des ventes du thermique dès 2035. Cette décision marque le recul le plus significatif de l’Union sur ses politiques vertes ces dernières années.

Texte : Gaël Angleviel / Images : DR

Assouplissement de l’interdiction du thermique pour 2035

Dans ce qui s’apparente à un revirement majeur, la Commission européenne a dévoilé mardi un projet visant à atténuer la règle interdisant la commercialisation de véhicules neufs émetteurs de CO2 après 2035. Cette mesure, qui doit encore être approuvée par les gouvernements de l’UE et le Parlement européen, permettrait de maintenir la vente de certains véhicules non entièrement électriques. Les constructeurs des puissances industrielles régionales, notamment l’Allemagne et l’Italie, avaient ardemment milité pour un tel assouplissement.

L’exécutif européen semble avoir cédé aux appels des constructeurs automobiles qui souhaitent continuer à vendre des hybrides rechargeables et des véhicules à autonomie étendue (range extenders). Ces derniers peinent actuellement à rivaliser avec des acteurs majeurs comme Tesla et les fabricants de véhicules électriques (VE) chinois.

« Ouvrir le marché aux véhicules à moteur thermique tout en compensant les émissions est une approche pragmatique et en phase avec les conditions du marché », a réagi Volkswagen, premier constructeur européen en volume. Le groupe allemand a également jugé que le projet de nouvelles cibles d’émissions de CO2 était « globalement solide sur le plan économique », saluant le soutien aux petits VE et l’assouplissement des objectifs pour 2030.

Des objectifs revus à 90 % de réduction

Pour Dominic Phinn, responsable des transports chez l’ONG Climate Group, cet ajustement est une « victoire tragique » de l’industrie traditionnelle face aux voitures électriques. « Cet édulcoration de l’élimination progressive des moteurs essence et diesel contredit l’orientation des entreprises européennes leaders, qui investissent des milliards dans des flottes électriques et ont désespérément besoin de la stabilité réglementaire », a-t-il affirmé.

Selon la proposition dévoilée mardi, les objectifs de l’UE passeraient à une réduction de 90 % des émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2021. Les règles actuelles imposaient, à partir de 2035, que toutes les voitures et camionnettes neuves affichent zéro émission.

Les constructeurs devraient compenser les 10 % d’émissions restantes en ayant recours à des matériaux (comme l’acier à faible teneur en carbone produit dans l’UE) et à des carburants de synthèse (e-fuels) ou des biocarburants non alimentaires (déchets agricoles, huiles de cuisson usagées). Le plan accorde également aux constructeurs une fenêtre de trois ans, de 2030 à 2032, pour atteindre une réduction des émissions de CO2 des voitures de 55 % par rapport à 2021. L’objectif 2030 pour les camionnettes serait, quant à lui, assoupli de 50 % à 40 %.

Le contexte mondial et le « reset » de l’électrique

Cet infléchissement européen intervient peu après l’annonce de Ford Motor, qui a déprécié 19,5 milliards de dollars lundi, supprimant plusieurs modèles électriques (notamment son modèle phare : le F150 Lightning). Cette décision s’inscrit en réaction aux politiques de l’administration Trump et à la demande de VE plus faible que prévu aux États-Unis.

Toutefois, selon le courtier Jefferies, la situation européenne est plus nuancée, même si un « reset » global du marché des VE est en cours. « La réalité est plus subtile : nous allons probablement passer d’une coupure nette et totale à un système de conformité plus flexible, marquant un tournant dans l’histoire de la transition européenne », a analysé le cabinet. « Il est clair que le secteur automobile mondial entre dans une phase de réajustement plutôt que dans une ligne droite vers l’électrification. »

Des constructeurs européens comme Volkswagen et Stellantis ont également signalé un ralentissement de la demande de VE et réclamé un assouplissement des objectifs et des amendes moins sévères en cas de manquement. Le lobby automobile ACEA a qualifié ce moment de « vérité » pour le secteur.

L’industrie allemande critique toujours l’insuffisance des mesures

Les constructeurs allemands, en particulier, sont sous forte pression, perdant du terrain face à leurs rivaux locaux en Chine et subissant une concurrence accrue des importations de VE chinois sur leur marché domestique. Les taxes européennes sur les VE construits en Chine n’ont apporté qu’un soulagement limité.

Hildegard Mueller, présidente de l’association allemande de l’industrie automobile (VDA), a estimé que ces mesures ne soutenaient pas suffisamment l’industrie et imposaient de nouvelles contraintes aux constructeurs en matière d’acier vert et de carburants renouvelables. « L’UE avait promis d’examiner les réalités, de les analyser et, sur cette base, d’introduire de la flexibilité et des ajustements. Cela n’a pas eu lieu, Bruxelles a déçu avec son projet de proposition », a-t-elle critiqué. « À l’heure où la concurrence internationale s’intensifie, à l’heure où la puissance économique européenne est cruciale, ce paquet global de Bruxelles est fatal. »

Le vrai danger ? Toujours la Chine…

L’industrie du véhicule électrique (VE) a averti que l’assouplissement des objectifs d’émissions pourrait compromettre les investissements, notamment dans les infrastructures de recharge critiques, et creuser davantage l’écart entre l’Europe et la Chine dans la transition vers une conduite plus propre. « Passer d’un objectif clair de 100 % zéro émission à 90 % peut sembler minime, mais si nous faisons machine arrière maintenant, nous ne nuirons pas seulement au climat. Nous nuirons à la capacité de l’Europe à être compétitive », a prévenu Michael Lohscheller, PDG du constructeur suédois Polestar.

William Todts, directeur exécutif du groupe de défense des transports propres T&E, a souligné que l’UE jouait la montre pendant que la Chine prenait de l’avance. « S’accrocher aux moteurs thermiques ne rendra pas les constructeurs automobiles européens à nouveau grands », a-t-il averti.

La Commission a par ailleurs présenté des plans visant à stimuler l’adoption des VE dans les flottes d’entreprise, qui représentent environ 60 % des ventes de voitures neuves en Europe. Des objectifs nationaux pour 2030 et 2035 seraient fixés en fonction du PIB par habitant, laissant à chaque pays le soin de déterminer la manière de les atteindre. Enfin, la Commission a proposé de créer une nouvelle catégorie réglementaire pour les petits VE, soumis à des règles allégées et éligibles à des crédits supplémentaires pour l’atteinte des objectifs de CO2 s’ils sont fabriqués dans l’UE.

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