Les drôles de pneus Michelin en Endurance

Michelin a lancé le premier pneu « à motifs » en compétition. Mais pour le manufacturier tricolore, c’est bien plus qu’un symbole ou une décoration. Explications.

On ne présente plus Michelin, entreprise née à Clermont-Ferrand en 1889, et qui fabrique (entre autres) des pneumatiques pour à peu près tout ce qui roule. Depuis 2012 et l’apparition du WEC, Michelin a toujours été aux roues des voitures des diverses catégories, sans discontinuer sur la catégorie reine, appelée LMP1 et aujourd’hui Hypercar. Ce que l’on sait moins, c’est que depuis plusieurs années Bibendum est aussi le sponsor et le fournisseur exclusif de l’IMSA, le championnat d’Endurance Nord-Américain, lequel accueille un nombre impressionnant de voitures par week-end de course. Le manufacturier tricolore y a même créé sa propre série, le Michelin Pilot Challenge

Sebring aussi gros que Le Mans

Ce week-end, aux 12 Heures de Sebring (Floride), Michelin a apporté, monté et mis à disposition de ses partenaires la bagatelle de 8 167 pneus. C’est autant que ce que Clermont déplace au Mans pour la journée test et la course réunies, un événement qui dure deux fois plus longtemps… La grande différence, c’est qu’en IMSA Michelin équipe 100 % des voitures au départ, alors qu’en WEC le GT3 est fourni par Goodyear. Aussi pour son programme numéro 1, de l’autre côté de l’Atlantique, Michelin continue de fabriquer ses pneus en France, ses derniers demandant un savoir-faire particulier. Il fournit également les mêmes gommes au WEC, les deux championnats répondant au même règlement technique.

Un pneu à la bande de roulement étonnante

Ce dessin, à consonance technologique, nous l’avions déjà vu sur les MotoE engagées jusqu’à l’année dernière dans le cadre d’un championnat du monde de MotoGP. Il représente la croissance organique dans un esprit de biomimétisme, entre d’autres termes la présence de matériaux naturels dans la composition du pneu. Une forte composante environnementale pour ces nouveaux pneus, qui intègrent 50 % de matériaux biosourcés et recyclés. Michelin dit avoir développé ce concept sur ordinateur, puis sur simulateur et sur piste, avant de lancer la fabrication, à l’automne dernier.

IMSA et WEC au même niveau

Aux Etats-Unis, le baptême du feu pour ces nouveaux pneus a eu lieu fin janvier, à l’occasion des 24 Heures de Daytona. Et les premiers résultats sont très encourageants. Car si faire des pneus « verts » est une bonne idée, il fallait conserver le même niveau de performance, voire l’améliorer. C’est ce que Michelin a réussi à faire, au moins sur deux points : la mise en régime, qui permet d’arriver à la température optimale de fonctionnement du pneu après un départ à froid, et la constance des performances au fil de l’usure. « Nous sommes satisfaits d’avoir atteint ce niveau de performance tout en intégrant davantage de matériaux renouvelables et recyclés dans nos pneus », indique Matthieu Bonardel, directeur de Michelin Motorsport. « Cela renforce notre conviction : grâce à l’innovation, performance et responsabilité environnementale peuvent avancer ensemble. »

Des débuts réussis

Ce week-end à Sebring, et alors que le départ des 12 Heures sera donné demain matin samedi 21 mars, Jack Aitken (Cadillac) auteur de la pole position, n’a pas caché sa satisfaction. « La Cadillac donne confiance sur ce circuit bosselé, mais les nouveaux pneus également. Michelin a fait des gommes qui montent plus vite en température et qui sont très constantes. C’est de bon augure pour la course, même si la question de devoir doubler les relais comporte toujours quelques défis. »

A Sebring, la dotation pneumatique oblige en effet les pilotes à doubler les relais avec les mêmes pneus, surtout en début de course, afin de disposer de gommes fraiches pour le « money time ». C’est en effet souvent au cours de la dernière heure de course que tout se joue, après de longues bataillent pour être en position force pour le dernier sprint. Pour Michelin Motorsport ce championnat est son premier programme en termes de nombres pneus consommés, mais aussi une publicité forte pour la marque de l’autre côté de l’Atlantique.

© Frédéric Le Floc’h / DPPI

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