Futures Clio 7 et R5, le casse-tête interne de Renault

Alors que Renault prépare l’avenir de ses célèbres Clio et R5, le directeur général de la marque, Fabrice Cambolive, dévoile une stratégie audacieuse.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Groupe Renault

Futures Renault Clio et R5 : une stratégie inédite

En bref :

  • Une gamme articulée autour d’une règle de tiers : 1/3 d’icônes rétro (R5, R4, Twingo), 1/3 de modèles « saga » (Clio, Scénic) et 1/3 de créations 100 % inédites.
  • Une future Renault Clio non rétro prévue pour le milieu des années 2030, réinventant la citadine polyvalente non-SUV de 4,10 m à 4,20 m.
  • Une seconde génération de Renault 5 déjà en réflexion, refusant tout compromis thermique ou hybride pour préserver son pouvoir de séduction unique.

Loin de se reposer sur les lauriers de sa vague néo-rétro, le constructeur au losange entend faire souffler un vent de fraîcheur inédit sur son catalogue automobile. Fabrice Cambolive (directeur général de la marque) dévoile une stratégie audacieuse misant sur de tout nouveaux modèles non rétro et la réinvention du segment des citadines traditionnelles.

Renault envisage déjà le passage de témoin pour ses pépites R5 et Clio, mais pour Fabrice Cambolive, la priorité absolue réside dans le lancement de véhicules vierges de tout héritage, comme le rapporte Autocar. Si le constructeur tricolore a brillamment ravivé la flamme de la nostalgie avec les R4, R5 et Twingo tout en étoffant son catalogue d’hybrides et de SUV aux noms évocateurs, pas question d’abuser de la recette vintage. « Le rétro n’a de sens que s’il sert un dessein précis ; sans boussole, c’est l’échec assuré », martèle le dirigeant, soucieux d’ancrer chaque nouveauté dans l’air du temps.

Pour façonner la gamme de demain, Renault mise sur une véritable sainte trinité stylistique : un tiers d’icônes néo-rétro (R5, R4, Twingo), un tiers de véhicules « saga » inscrits dans l’inconscient collectif (Clio, Scénic) et un dernier tiers laissé à la totale liberté créative des designers. « Une marque est condamnée si elle ne vit que dans le passé, tranche Fabrice Cambolive. Notre ambition est désormais d’injecter du sang neuf sur le marché sans nous appuyer systématiquement sur l’aura de la R5 ou de la Clio. »

Réinventer la Renault Clio sans céder au rétrofuturisme

Alors que la toute dernière mouture de la Clio débute à peine sa carrière, les équipes du losange planchent déjà sur la suite. Attendu à l’horizon du milieu des années 2030, la future Clio 7 devra investir un sous-segment européen encore en friche : la citadine traditionnelle (« low drive »), alternative aux incontournables SUV. Mesurant entre 4,10 m et 4,20 m, la future Clio devra trouver le juste équilibre entre sportivité, praticité et polyvalence.

Une certitude : ce monument de l’automobile française ne cédera pas aux sirènes du style vintage. « La Clio est une voiture de saga, et c’est ainsi que nous devons concevoir sa descendante, sans chercher à la faire entrer de force dans un moule totalement électrifié, explique le patron de Renault. » Bâtie sur une plateforme de nouvelle génération capable d’accueillir de l’électrique pur comme des prolongateurs d’autonomie, elle s’inscrira dans l’objectif du groupe d’atteindre 100 % de ventes électrifiées d’ici 2030.

Renault 5 : bousculer à nouveau les codes

Du côté de la Renault 5, le Losange prépare également le second acte de sa citadine branchée. En attendant cette deuxième génération, la R5 s’apprête à recevoir des évolutions techniques majeures, incluant des électromoteurs plus affûtés et une batterie à la capacité accrue. L’équipe d’ingénierie a su identifier et corriger les rares faiblesses du modèle avant même le retour des premiers clients, preuve d’une liberté de conception sans concession. D’ailleurs, forte de son succès commercial, il est fort probable que le plan initial de ne lui offrir aucun lifting puisse s’inscrire dans le durable. A mi-carrière, que peut-elle offrir de plus pour maintenir ses ventes à un niveau correct, sinon une meilleure technologie (temps de recharge plus courts, autonomie accrue, nouvelles fonctionnalités) ? En revanche, la R5 E-Tech de deuxième génération pourrait voir son style évoluer en adoptant les nouveaux codes stylistiques du losange, délaissant un peu son appartenance au modèle originel et ne conservant ou évoquant simplement plus que sa silhouette comme trait de nostalgie.

Refusant d’édulcorer l’âme de la R5 en lui greffant un moteur thermique ou hybride comme certains le préconisaient en interne ou en externe, la marque préfère décupler le plaisir de conduite et explorer des déclinaisons exclusives (les finitions Roland Garros, et demain quelques autres piqûres de rappel au passé). Pour Fabrice Cambolive, le secret du succès réside dans cette intransigeance : sublimer l’émotion et la valeur ajoutée plutôt que de diluer l’expérience dans des compromis tièdes.

Le pari est risqué pour Renault, car si le succès commercial et populaire des nouvelles R5 E-Tech et Twingo E-Tech est bien réel, c’est au moment de remplacer ces modèles qu’il ne faudra pas commettre d’impair. D’ailleurs, là où la concurrence décide de n’offrir qu’un seul modèle thermique, hybride et électrique sous les mêmes traits (Peugeot 208, Citroën C3), Renault continuera de proposer deux citadines pour deux types de motorisations différentes. Vers une électrification toujours plus intense, ce pari sera-t-il toujours payant pour les années post-2030 ?

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