Tesla va mettre fin à la production du Cybertruck

Face à des ventes décevantes et des contraintes réglementaires strictes, Tesla arrêtera la production du Cybertruck mi-2027 à Austin afin de réallouer ses ressources vers le lancement industriel du robotaxi Cybercab.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Tesla

En bref :

  • Fin d’une époque : La production du Cybertruck s’arrêtera mi-2027 en raison de ventes très inférieures aux objectifs initiaux.
  • Reconversion industrielle : L’usine d’Austin réorientera ses lignes d’assemblage pour accélérer la montée en cadence du robotaxi Cybercab.
  • Freins réglementaires : Son design anguleux en acier inoxydable a bloqué toute homologation en Europe en raison des normes piétons.

Tesla va mettre fin à la production du Cybertruck

Tesla s’apprête à clore le chapitre du Cybertruck. L’écurie d’Elon Musk mettra fin à la production du pick-up futuriste dans sa Gigafactory du Texas aux alentours de la mi-2027. Cette décision intervient après plusieurs années de ventes particulièrement faibles pour un modèle jadis présenté comme le rival ultime des pick-ups traditionnels, mais qui est finalement resté confiné à une poignée de marchés en raison de sa silhouette massive et ultra-anguleuse.

Dans une publication sur le réseau social X, Elon Musk a précisé que cette baisse de rythme progressive permettra à la marque de faire de la place pour accroître la cadence de production du tout nouveau Cybercab, le modèle au cœur des ambitions de robotaxi du milliardaire. Bien qu’il ne soit pas clairement établi si la fabrication du Cybertruck sera transférée vers un autre site ou définitivement abandonnée, l’usine d’Austin reste le seul complexe Tesla équipé pour assembler les composants spécifiques de cet engin. En réponse à un internaute, Elon Musk a qualifié le Cybertruck de « meilleur véhicule jamais créé par Tesla », qualifiant cet arrêt de « fin d’une époque ».

Des ventes loin des ambitions initiales

Le constructeur américain n’avait débuté les livraisons du Cybertruck à ses clients qu’à la fin de l’année 2023. Selon les données de Kelley Blue Book, l’entreprise n’a écoulé que 20 237 unités aux États-Unis l’an dernier, soit une chute de 48 % par rapport aux 38 965 exemplaires vendus en 2024. Avant le lancement officiel, Elon Musk visait pourtant un objectif annuel de 250 000 véhicules. « Cela n’a aucun sens de continuer lorsqu’un véhicule n’atteint pas ses objectifs », commente Andy Palmer, ancien PDG d’Aston Martin. « N’importe quel décideur automobile rationnel dirait la même chose. Ce ne sera sans doute qu’une erreur d’arrondi sur le bilan de Tesla, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. »

Dès sa présentation en 2019, le modèle s’est imposé comme un pari éminemment clivant. Son esthétique taillée à la serpe a suscité les railleries des puristes du pick-up, tandis que les experts en sécurité prédisaient déjà les pires difficultés pour obtenir une homologation sur des marchés clés comme l’Europe. La démonstration initiale avait d’ailleurs été marquée par un couac mémorable lorsque les vitres supposées incassables s’étaient fissurées sous l’impact de billes d’acier. Lors du lancement commercial en 2023, Elon Musk avait pourtant martelé : « Enfin, le futur va ressembler au futur. »

L’obstacle du marché et des réglementations

Le véhicule a lutté sans succès pour répondre à ces attentes. Selon l’analyste automobile Felipe Munoz, si le Cybertruck est qualifié d’échec au vu de son volume de ventes, les pick-ups 100 % électriques de ses rivaux comme Ford ont également manqué leur cible sur le sol américain : « Tous ont perdu la bataille parce que le pick-up électrique n’est pas populaire aux États-Unis. »

Mais au-delà du marché américain, les arêtes vives en acier inoxydable du Cybertruck ont lourdement restreint ses perspectives commerciales en Europe, où les véhicules électriques rencontrent pourtant une forte adhésion. L’homologation y est restée impossible en raison des réglementations strictes sur les chocs piétons. « Partout où vous avez une réglementation sur les crash-tests qui prend en compte l’impact piéton, le Cybertruck ne peut pas passer », confirme Andy Palmer.

Priorité absolue au Cybercab et à la robotique

Le Cybercab, dépourvu de volant, de pédales et de rétroviseurs et doté de portes en élytre, représente l’un des paris stratégiques majeurs d’Elon Musk pour transformer Tesla en un géant de l’intelligence artificielle et de la robotique. Le dirigeant le considère comme la pierre angulaire de son futur réseau mondial de robotaxis.

Après des années de retards sur ses calendriers d’autonomie, Tesla a lancé en septembre un service de courses payantes avec une petite flotte de Cybercabs à Austin. Le constructeur doit néanmoins toujours répondre aux questions des autorités américaines de sécurité routière pour prouver que le véhicule respecte l’ensemble des normes fédérales. Sur X, l’ingénieur en chef du projet Cybertruck, Wes Morrill, a tenu à saluer le chemin parcouru : « Le Cybertruck a été une formidable plateforme de développement technologique, et son héritage se perpétue aujourd’hui à travers le Cybercab. »

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