L’Europe met fin au 100% électrique pour 2035

Une commission du Parlement européen a voté ce 4 novembre l’assouplissement des règles CO2 pour 2030 et 2035, offrant un précieux répit aux constructeurs face à la concurrence chinoise et à la faiblesse du marché automobile européen.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Stellantis

En Bref :

  • Objectifs révisés : La baisse des émissions CO2 pour 2035 passerait de 100 % à 87,5 %, maintenant ainsi des moteurs thermiques.
  • Flexibilité technique : Prise en compte de l’acier vert, des carburants synthétiques et création de super-crédits pour les petites électriques européennes.
  • Réactions mitigées : Si les constructeurs saluent ce pragmatisme, certains jugent la mesure insuffisante face aux menaces d’amendes salées.

La commission de l’Environnement du Parlement européen a voté ce 4 novembre 2026 en faveur d’un assouplissement des règles sur les émissions de CO2 à l’horizon 2030 et 2035. Ce virage offre un véritable soulagement aux constructeurs automobiles dans un contexte marqué par l’avancée des rivaux chinois, le ralentissement des ventes de véhicules électriques et un marché européen toujours inférieur de 20 % à ses niveaux d’avant 2020.

Les règles actuelles, adoptées en 2023, n’autorisent que la vente de véhicules à zéro émission après 2035, ce qui équivaut à une interdiction de facto des moteurs thermiques. Une cible jugée inatteignable par les industriels au rythme actuel d’adoption de l’électrique, sous peine d’écoper d’amendes astronomiques de 95 euros par gramme de CO2 excédentaire et par véhicule. Ce cadre sert également de boussole pour orienter des centaines de milliards d’euros d’investissements futurs.

Vers une autorisation maintenue des moteurs thermiques

Le compromis adopté par la commission, porté par le Parti populaire européen (centre droit), les Socialistes et le groupe libéral Renew, fixe la position de négociation du Parlement face au Conseil européen. La mesure phare ramène la baisse des émissions d’échappement en 2035 à 87,5 % par rapport à 2021, au lieu des 100 % initialement prévus. Les 7,5 % d’émissions restants pourraient être compensés par l’utilisation d’acier à faible empreinte carbone produit dans l’UE. Selon l’ONG Transport & Environment, cette souplesse permettrait de maintenir environ 30 % de véhicules thermiques ou hybrides dans les ventes après 2035.

Pour les utilitaires légers, l’objectif 2030 passe à 35 % de réduction (contre 50 % aujourd’hui), et à 80 % en 2035. Le texte introduit également le concept de véhicules fonctionnant exclusivement aux carburants durables éligibles (VEEF), considérés comme des véhicules zéro émission. De plus, les petites électriques de moins de 4,20 mètres fabriquées en Europe bénéficieraient de « super-crédits », comptant pour 1,4 véhicule dans le calcul des flottes, tandis qu’une disposition élargit un bonus de 1,2 aux électriques européennes plus efficaces, toutes tailles confondues. Ces révisions s’inscrivent dans un double volet législatif : un « plan de sauvetage » de l’automobile et l’Industrial Accelerator Act, qui conditionne certaines incitations à un contenu fabriqué en Europe pour protéger les emplois locaux.

L’industrie entre soulagement et prudence

L’Association des constructeurs européens (ACEA) a décrit cette proposition comme « une étape supplémentaire vers un cadre plus pragmatique et neutre sur le plan technologique », tout en émettant une réserve : « les flexibilités supplémentaires pour les voitures particulières restent trop limitées dans leur portée et leur durée pour répondre de manière adéquate aux préoccupations de l’industrie. » De son côté, l’association des équipementiers CLEPA soutient la décision mais réclame un gel de la révision des procédures de test pour les hybrides rechargeables. En Italie, l’ANFIA salue un « pas en avant dans le pragmatisme et la responsabilité », mais juge le mécanisme imposé d’acier vert « peu tenable ».

En Allemagne, la VDA estime que le texte contient « des améliorations claires par rapport à la proposition de la Commission européenne », mais prévient qu’il « ne va pas assez loin pour garantir la compétitivité de l’Europe en tant que site de production, et donc les perspectives de croissance et d’emploi ». La VDA plaide pour une baisse de 90 % en 2035 sans obligation de compensation. À l’opposé, Transport & Environment alerte sur le fait que ce texte « met en péril les 200 milliards d’euros déjà investis dans l’écosystème électrique européen », demandant de plafonner les carburants synthétiques à 5 % et de réserver les super-crédits aux seules citadines européennes.

Des enjeux financiers et industriels colossaux

En parallèle, la France et l’Allemagne ont négocié leur propre compromis en vue des discussions du Conseil européen, proposant une réduction de 90 % d’ici 2035 sans recours obligatoire aux compensations par l’acier vert ou les carburants synthétiques. La France pousse pour des règles strictes de contenu local face à la Chine, tandis que les constructeurs allemands redoutent qu’un tel protectionnisme ne déclenche une guerre commerciale avec Pékin, un marché crucial pour BMW, Mercedes-Benz et le groupe Volkswagen.

L’enjeu financier est titanesque : pour un constructeur écoulant un million de voitures par an en Europe, un dépassement d’à peine 1 gramme de CO2 par kilomètre se traduit par 95 millions d’euros d’amende, et 950 millions d’euros pour 10 grammes. Pour éviter ces pénalités, certains doivent racheter des crédits à des spécialistes du 100 % électrique comme Tesla. De plus, ces arbitrages orientent la viabilité des investissements, alors que Stellantis a enregistré à lui seul une dépréciation d’actifs de 22 milliards d’euros (26 milliards de dollars) sur l’exercice 2025, en grande partie liée à des prévisions trop optimistes sur les ventes d’électriques.

Le vote de l’ensemble des députés européens en session plénière est attendu pour le mois de décembre, avant l’ouverture des négociations finales entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne.

Oh bonjour 👋
Ravi de vous rencontrer.

Inscrivez-vous pour recevoir une fois par semaine du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !

Pages : 1 2