Panique à bord chez Alfa Romeo qui tente de sauver les meubles

Entre une stratégie de transition électrique chaotique, des chiffres de ventes insatisfaisants et une gamme qui convainc peu, Alfa Romeo doit sauver les meubles.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Stellantis

Stellantis au chevet du soldat Alfa Romeo

Alfa Romeo (comme d’autres constructeurs) constate que les parts de marchés promises par les véhicules électriques sont loin des meilleures prévisions. Longtemps sous le joug de l’Union Européenne qui souhaitait interdite la vente des véhicules à moteur thermique dès 2035, tous les groupes automobiles ont dû accélérer leur transition vers l’électrique. Mais… il reste encore une valeur sûre dans le milieu de l’offre et la demande : le client est roi ! C’est lui qui choisit si la transition sera lente ou rapide. Les ventes n’étant pas au rendez-vous espéré, des constructeurs ont commencé à faire des plans sociaux pour licencier… et l’Union Européenne de faire des concessions sur 2035.

Le futur de la Giulia et du Stelvio est repoussé à 2028. La marque au trèfle doit réinventer ses icônes pour qu’elles ne soient plus exclusivement électriques. Si l’Alfa Romeo Junior a agi comme un baume salvateur en Europe avec 50 000 commandes, le tableau est bien plus sombre ailleurs. Aux États-Unis, la marque semble s’enfoncer dans les sables mouvants avec une gamme vieillissante. Avec seulement 5 652 ventes annuelles (un effondrement de 36 %), les chiffres sont cruels : BMW écoule plus de X4 que toute la gamme Alfa Romeo réunie.

Face à cette hémorragie commerciale, le nouveau PDG Santo Ficili a pris une décision radicale : il faut « tout changer ». « Nous devons passer du tout-électrique à une offre multi-énergies », a confié Ficili à Auto Express. « Cela implique de réinventer les plateformes, l’architecture électronique et la connectivité, non seulement pour Alfa, mais pour l’ensemble des marques de la galaxie Stellantis. »

Le virage de la dernière chance

Ce revirement de situation est un véritable séisme, d’autant que le nouveau Stelvio devait initialement voir le jour l’année dernière. Mais le marché électrique, loin de l’explosion attendue, a subi un coup de froid polaire, notamment aux États-Unis avec la fin des crédits d’impôt pour les véhicules propres. En Europe, le vent a également tourné. Bruxelles a assoupli sa sentence : l’interdiction totale des moteurs thermiques en 2035 s’est muée en une réduction de 90 % des émissions, offrant un sursaut de vie aux moteurs à combustion.

« Nous changeons de trajectoire car nous imaginions un futur 100 % électrique pour respecter les règles de Bruxelles », explique le PDG. Plutôt que de lancer des modèles qui risqueraient de rester sur le carreau, Alfa Romeo a choisi la remise en question. La future génération reposera sur la plateforme STLA Large. Ce choix stratégique laisse entrevoir une lueur d’espoir pour les puristes : la possibilité de voir rugir sous le capot le six-cylindres en ligne biturbo « Hurricane » de 3,0 litres, hérité de la Dodge Charger. Le trèfle n’est pas encore prêt à devenir totalement silencieux.

Réorientation des choix

Stellantis ne se contente pas de ressusciter les RAM à moteur V8 et d’autres séries spéciales aux États-Unis. Le géant transatlantique revoit également ses positions sur le Vieux Continent, bien que pour des raisons différentes. Après avoir redonné voix au chapitre au diesel sur plusieurs modèles, le conglomérat confirme le retour en grâce des Giulia et Stelvio Quadrifoglio en Europe dès le début du mois de mars 2026, avec une disponibilité assurée jusqu’en 2027. Ces deux complices, berline et SUV nés il y a une décennie, reviennent sur le devant de la scène sans avoir changé d’un iota : aucune retouche esthétique, aucun ajustement mécanique. La production a repris ses droits pour combler le gouffre béant laissé par le retard de leurs successeurs électrifiés.

La Giulia avait fait ses premiers pas en juin 2015, suivie de près par le Stelvio en novembre 2016. Tous deux avaient reçu, en 2023, un léger poudrage lors d’un restylage apportant quelques évolutions visuelles et intérieures. Les bouillonnantes versions Quadrifoglio avaient pourtant tiré leur révérence aux États-Unis mi-2024, puis en Europe mi-2025. Mais un plan produit remanié a fini par leur rouvrir les commandes des deux modèles. Stellantis a donc prolongé le bail des actuels Giulia et Stelvio jusqu’en 2027. Cette décision englobe les versions classiques (portées par le 2.0 essence et le 2.2 turbodiesel) mais aussi les modèles Quadrifoglio et leur V6 mélodieux, que l’on croyait pourtant condamnés. Si les carnets de commandes européens s’apprêtent à frémir de nouveau en mars, le sort de l’Amérique du Nord reste encore en suspens.

Le mystère plane encore sur la manière dont Stellantis a réussi à faire plier le V6 2,9 litres biturbo aux exigences de la norme Euro 7. Quoi qu’il en soit, la puissance reste imperturbable : 520 ch et 600 Nm de couple. Cette cavalerie galope vers les roues arrière pour la berline, tandis que le SUV s’appuie sur une transmission intégrale pour mordre le bitume. Dans une déclaration marquant la réapparition du Quadrifoglio, Santo Ficili, PDG d’Alfa Romeo, a affirmé : « Le Quadrifoglio est l’expression la plus authentique de la sportivité d’Alfa Romeo et de nos voitures, conçues pour les vrais amoureux de la conduite, avec le pilote toujours au centre. Nous sommes certains qu’il continuera d’irriguer notre futur. »

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