Alpine doit revoir sa copie face à l’échec de l’A390

Face aux faibles ventes du premier SUV de la marque A390, le patron de Renault Group assume de privilégier la patience à la course aux volumes pour Alpine.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Alpine

En bref :

  • L’A390, rival de la Porsche Macan Electric, est très en deçà des attentes initiales
  • François Provost reconnaît avoir jugé les prévisions de ventes trop optimistes dès le lancement
  • 80 % des clients de l’A390 sont nouveaux chez Alpine et dans le groupe Renault, un taux de conquête que la marque met en avant

Chez Alpine, on préfère parler de patience plutôt que de déception

François Provost, patron de Renault Group, ne s’alarme pas du rythme de ventes encore timide de l’Alpine A390. Lancé fin d’année dernière aux côtés de la citadine sportive A290, ce SUV électrique devait transformer Alpine d’un simple constructeur de voitures de sport en une marque de véhicules électriques de performance. Mais ses ventes actuelles, restent en retrait par rapport aux objectifs, un constat que le directeur général d’Alpine, Philippe Krief, a lui-même reconnu.

C’est un doux euphémisme de constater que l’A390 n’a pas rencontré son public : 1 041 exemplaires vendus sur l’ensemble des marchés au premier semestre 2026, dont 610 en France. Au mois d’août 2026, le SUV n’a convaincu que… 60 clients dans l’hexagone. Et parmi ces ventes, moins de 300 sont réellement entre les mains de particuliers, il faut soustraire les flottes d’entreprises et les immatriculations des concessionnaires : un flop commercial !

Provost estime que les attentes commerciales fixées pour l’A390 étaient surestimées. « Il faut être un peu plus humble », a-t-il résumé à propos de la trajectoire de croissance de la marque. Il raconte avoir alerté Krief dès le lancement : « Je lui ai dit “je pense que tu es beaucoup trop optimiste, ton volume sera bien plus faible que ça et tu devrais être plus raisonnable, parce que la voiture est vraiment très bonne”. »

Selon Provost, l’A390 dispose d’une « généalogie très claire » face à ses rivales premium, et les clients qui l’envisagent la placent sérieusement dans leur comparatif face à Porsche et consorts. Le problème se situe ailleurs : « On est dans le panier, mais on perd beaucoup lors de cette présélection. Pourquoi ? Parce que les concurrents premium allemands de l’A390 sont moins chers en mensualités, probablement parce qu’ils misent beaucoup sur les valeurs résiduelles et les remises. » Il ajoute : « Alpine est une excellente marque, mais face aux sportives premium allemandes, si l’Alpine est plus chère, ce n’est pas simple. Mais les gens qui conduisent l’A390 sont très enthousiastes. C’est pour ça qu’il faut rester humble. C’est un long chemin et il faut travailler dur. »

L’exemple de l’A290 comme fil rouge

Provost cite le report de l’arrivée d’Alpine sur le marché américain comme une illustration de cette prudence assumée. Il rappelle aussi que les ventes de l’A290 avaient accéléré après un lancement tout aussi hésitant. Même si les volumes de l’A390 ne rattrapent jamais les prévisions initiales, Provost dit ne pas s’en inquiéter : « Je m’en moque. Je m’en moque parce que c’est un chemin de 20 ans. Je ne vais pas tuer la marque, l’ADN, l’actif en étant prudent ou hésitant. Peut-être qu’au final on découvrira que le potentiel de la voiture est le tiers de ce qu’on pensait. Et alors ? Si le client est content, on trouvera une bonne façon de positionner la voiture. Si ça nourrit la marque, ça me va. »

Interrogé sur les propos de Provost, Philippe Krief se dit tout aussi serein, rappelant que l’A390 n’était initialement pas commercialisée dans tous les pays où Alpine est présente, et que les versions GT et GTS n’étaient pas proposées au lancement. « C’est exactement la même discussion qu’on avait il y a deux ans à propos de la montée en puissance lente de l’A290. C’était exactement le même type de départ, et aujourd’hui c’est un grand succès », explique-t-il. Il souligne par ailleurs le fort taux de conquête de l’A390 : « 80 % des clients sont nouveaux chez Alpine et nouveaux dans le groupe Renault. C’est donc une voiture de conquête. » On se rassure comme on peut…

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