Dongfeng, Jaguar-Land Rover, les nouvelles alliances de Stellantis
Le groupe Stellantis déploie de nouvelles alliances pour (re)conquérir différents marchés internationaux, à commencer par les Chinois de Dongfeng pour l’Europe et JLR en pourparlers pour les USA.
Texte : Gaël Angleviel / Images : Dongfeng Motor
Une alliance franco‑chinoise pour l’Europe
En bref :
- Joint‑venture 51/49 : Stellantis et Dongfeng créent une société commune pour l’Europe.
- Production à Rennes : les modèles électriques Dongfeng seront assemblés en France.
- Éviter les tarifs UE : fabriquer en Europe permet d’échapper aux taxes sur les BEV chinois.
- Expansion chinoise : Dongfeng vise 4 millions de ventes mondiales d’ici 2030.
- Stratégie Filosa : partenariats renforcés pour relancer Stellantis en Europe et aux États‑Unis.
Stellantis va former une coentreprise avec Dongfeng, constructeur chinois détenu par l’État, afin de produire et vendre ses véhicules en Europe. La nouvelle entité, détenue à 51 % par Stellantis et 49 % par Dongfeng, prendra en charge la production, l’ingénierie, les achats, ainsi que la vente et distribution des modèles Dongfeng sur le continent. L’objectif est de commercialiser en Europe les modèles Voyah, la marque premium de Dongfeng dédiée aux NEV (véhicules électriques, hybrides rechargeables ou à prolongateur d’autonomie). Les deux groupes prévoient également de localiser la production de certains modèles Dongfeng dans l’usine Stellantis de Rennes, en France.
Construire ces véhicules en France permettrait d’éviter les tarifs douaniers imposés par l’Union européenne sur les BEV et EREV fabriqués en Chine. L’usine de Rennes produisait plus de 400 000 véhicules par an dans les années 2000, mais ne fabrique aujourd’hui plus qu’un seul modèle, le Citroën C5 Aircross, sur une seule ligne. Dongfeng reste un acteur encore discret en Europe, avec 1479 ventes au premier trimestre, dont 145 pour Voyah. Le constructeur chinois détient toujours un peu plus de 1 % du capital de Stellantis, héritage de son partenariat historique avec PSA.

Une coopération qui s’intensifie
Cette coentreprise européenne s’ajoute à un accord annoncé la semaine précédente, dans lequel Dongfeng produira des Jeep et des Peugeot en Chine. Stellantis se place ainsi à l’avant‑garde d’une tendance croissante : utiliser les capacités excédentaires des usines européennes pour accueillir des constructeurs chinois. Des groupes comme Chery cherchent activement à louer des usines en Europe pour accélérer leur implantation locale. Magna Steyr produit déjà des modèles Xpeng et GAC dans son usine de Graz, en Autriche.
Face à une guerre des prix électrique féroce en Chine, les constructeurs chinois cherchent à augmenter leurs volumes et à diversifier leurs marchés. Le président de Dongfeng, Qing Yang, affirme que cette coentreprise européenne accélérera l’expansion mondiale du groupe. Dongfeng vise 4 millions de ventes mondiales d’ici 2030, dont plus de 40 % hors de Chine. Début mai, Stellantis annonçait déjà un accord avec Leapmotor pour produire des voitures conjointement en Espagne.

Vers une coopération Stellantis–JLR aux États‑Unis
Stellantis prévoit également de codévelopper des véhicules avec Jaguar Land Rover aux États‑Unis. Les deux entreprises ont signé un protocole d’accord non contraignant pour explorer des opportunités de développement commun. Cet accord pourrait permettre à JLR d’accéder aux usines américaines de Stellantis, contournant ainsi les tarifs d’importation sur son plus grand marché. Pour l’instant, aucune confirmation n’a été donnée sur une éventuelle production commune.
C’est le premier accord majeur signé par Antonio Filosa aux États‑Unis, un marché stratégique pour Stellantis. Il s’ajoute aux partenariats récemment renforcés avec Leapmotor et Dongfeng, destinés à réduire les coûts et à relancer la production en Chine. Stellantis a promis d’investir 13 milliards de dollars pour revitaliser ses activités américaines. Filosa et le président John Elkann restructurent le groupe pour restaurer la croissance, réduire les coûts et regagner des parts de marché.
Stellantis, comme le groupe Volkswagen, souffre particulièrement de la surcapacité industrielle en Europe. Pendant ce temps, les ventes des constructeurs chinois (BYD, SAIC/MG) explosent sur le continent. Les marques généralistes de Stellantis (Fiat, Peugeot, Opel, Citroën) se concurrencent souvent entre elles, avec des modèles proches en prix et en positionnement. Même Maserati, la marque premium du groupe, perd de l’argent depuis des années.
Filosa mise sur les alliances pour éviter une spirale de cash‑burn. Les expéditions montrent des signes de reprise, notamment en Amérique du Nord, mais les investisseurs restent prudents. Lors du Capital Markets Day, Filosa devra convaincre que sa stratégie peut fonctionner. Selon l’analyste Stuart Pearson, Stellantis joue sa “dernière chance” auprès des investisseurs.


