Jaguar Type 01 : le coup de poker pour relancer le constructeur

La firme britannique Jaguar (évoluant sous pavillon indien depuis 2008 avec Tata Motors) opère sa mue 100 % électrique avec la Type 01 et tente un coup de poker esthétique pour relancer ses ventes.

Texte : Gaël Angleviel / Images : JLR

Jaguar Type 01 : le grand tourer électrique à 1 030 ch

En bref :

  • Une renaissance radicale : Jaguar tourne définitivement la page thermique pour s’imposer sur le segment ultra-exclusif se situant entre Mercedes et Bentley.
  • Une puissance décoiffante : Animée par trois moteurs électriques, la Type 01 déploie une cavalerie titanesque de 1 030 chevaux pour des performances hors norme.
  • Une autonomie de premier plan : Sa plate-forme dédiée JEA abrite une architecture de pointe garantissant plus de 700 km d’autonomie maximale.

Jaguar vient de lever le voile sur la Type 01, le vaisseau amiral électrique sur lequel repose l’avenir tout entier de la marque. Il y a cinq ans, empêtrée dans des années de déficit chronique, la firme britannique se trouvait au bord du gouffre. Il fallait agir, et trois voies s’offraient à elle : fermer la boutique et acter de lourdes pertes ; bricoler des ajustements cosmétiques sur les modèles existants en croisant les doigts ; ou réveiller la foudre en ressuscitant le choc émotionnel de la mythique Type E, soixante-cinq ans plus tard. En choisissant cette troisième voie au prix d’un investissement pharaonique de quelque 2,6 milliards d’euros, Jaguar a accouché de la Type 01. La firme britannique avait déjà largement fait couler beaucoup d’encre en présentant ses nouvelles campagne de communication « très woke » et un concept Type 00 qui ne ressemble à rien d’autre de la production automobile. Cela a même couté la place du PDG de Jaguar, Adrian Mardell, après près de 35 ans de maison.

C’est l’aube d’une ère radicale qui propulse la marque hors de sa zone de confort historique pour la hisser dans une sphère élitiste, à mi-chemin entre le sommet de Mercedes et l’entrée de gamme de Bentley. Comptez environ 180 000 € pour vous offrir un exemplaire richement doté. La Type 01 impose sa stature de berline GT à quatre portes, drapée d’aluminium, développant 1 030 ch pour une longueur de 5,2 mètres (soit à peine un souffle de moins qu’une Bentley Flying Spur) et un empattement de 3,2 mètres. Sa silhouette étire un capot interminable vers l’arrière surmonté d’un pavillon fuyant. Sous les yeux, c’est bien « une copie de rien », selon la formule consacrée du fondateur Sir William Lyons, même si les initiés y voient un clin d’œil appuyé à la longue XJS des années 70.

Poussée par une étude de marché minutieuse axée sur « l’âme » et la « personnalité », Jaguar a orchestré un concours interne entre trois équipes de designers. Le mot d’ordre était simple : tout changer, couper le souffle, ne copier personne. Vingt maquettes grandeur nature plus tard, la sculpturale et « exubérante » Type 01 l’emportait. « Le compromis était un mot banni », lâche le directeur du design Andy Wheel. Avec ses épaules musclées et son espace exagéré entre le passage de roue avant et la portière, elle magnétise les regards. Point de vitre arrière, remplacée par une caméra de toit projetant les images sur un écran intérieur, tandis que des détails en laiton subliment les poignées affleurantes et le célèbre félin bondissant. Une épine centrale divise la cabine en quatre zones, où les commandes font la part belle aux écrans.

Une architecture électrique de pointe et des performances stratosphériques

Face au vide technique des plateformes existantes pour loger ses mensurations (5,2 m de long pour seulement 1,4 m de haut sur des jantes de 23 pouces), les ingénieurs ont forgé de toutes pièces la JEA (Jaguar Electric Architecture), un écrin en aluminium protégé par plus de 360 brevets. La voiture intègre une suspension entièrement indépendante à double triangle à l’avant et multi-bras à l’arrière, couplée à des ressorts pneumatiques à double chambre et à quatre roues directrices offrant un diamètre de braquage digne d’une Volkswagen Golf.

Côté mécanique, l’architecture accueille une disposition inédite des cellules de batterie, réparties entre des compartiments avant et arrière pour permettre aux occupants d’être assis très bas, évitant l’effet « skateboard » qui aurait rehaussé la silhouette. L’autonomie WLTP officielle atteint 725 km, et la voiture peut maintenir des « vitesses d’autoroute » sur 515 km. La charge ultra-rapide à 350 kW permet de regagner jusqu’à 320 km en 13 minutes.

Le monstre s’articule autour d’une configuration à trois moteurs : un bloc d’une puissance maximale de 350 ch à l’avant et deux moteurs de 420 ch à l’arrière. En croisière sur autoroute, seule la traction avant veille au grain pour économiser l’énergie, tandis que les moteurs arrière entrent en danse lors d’une conduite plus sportive, autorisant une vectorisation du couple de haute volée. Le 0 à 100 km/h est avalé en 3,2 secondes, mais les ingénieurs préfèrent souligner le fulgurant 100-180 km/h abattu en seulement 4,0 secondes.

Une aérodynamique affûtée et un positionnement exclusif

Fendant l’air avec un coefficient de traînée de seulement 0,23 Cd, la Type 01 s’avère la Jaguar de série la plus aérodynamique de l’histoire, surclassant la berline XF sans sacrifier son design ni ses jantes standard de 23 pouces. Elle intègre un aileron arrière à trois positions générant jusqu’à 75 kg d’appui à vive allure, ainsi que des volets pilotés à l’avant qui s’ouvrent ou se ferment selon les besoins en refroidissement des freins ou de la batterie. Fermer ces ouïes de refroidissement rajoute 43 km d’autonomie WLTP, tandis que la fermeture des seuls conduits de frein engrène un gain de 19 km.

Attendue sur la route dès février 2027 avec des livraisons prévues pour le second semestre, la gamme débutera autour de 145 000 €, le cœur de cible des modèles bien équipés s’établissant à 180 000 €, les spécifications sur mesure pouvant facilement dépasser les 240 000 €. Si les carnets de réservation affichent déjà 50 000 noms à travers le monde dont 80 % découvrent la marque, la directrice marketing Carlee Hardaker assume pleinement cette rupture : « Nos études détaillées ont montré que si beaucoup de personnes interrogées ont attribué des notes de 9 ou 10, certaines nous ont gratifiés de 1 ou 2. Nous en sommes ravis. Nous voulons que cette voiture éveille des émotions. »

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