Marché français : un mois de janvier 2026 glacial !

Le premier mois de l’année 2026 aura été rude pour le secteur automobile français. Un baisse de 7 % sur le neuf, 10 % sur l’occasion.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Groupe Renault

Un mois de janvier déjà compliqué pour le secteur

Le premier mois de l’année 2026 aura été rude pour le secteur automobile français. Entre un marché du neuf anémié, un parc vieillissant qui franchit le cap des 12 ans d’âge moyen, et une occasion qui accuse un sévère coup de froid, seul le segment électrique tire son épingle du jeu grâce à l’effet dopant du leasing social. Les données publiées par AAA Data dressent un tableau contrasté, où les chiffres révèlent une transformation profonde des habitudes d’achat et une fracture territoriale croissante.

Le Neuf, déjà en négatif !

Janvier n’a pas souri au marché des voitures neuves. Avec 107 157 immatriculations de voitures particulières neuves enregistrées, le mois accuse un recul de 7 % par rapport à janvier 2025, qui était pourtant déjà un mois atone. Cette baisse s’explique en partie par un jour ouvré en moins, facteur aggravant qui pèse également sur le marché de l’occasion. Mais au-delà de ce handicap calendaire, la tendance de fond valide les prévisions pessimistes d’AAA Data : le marché français ne connaîtra pas de progression significative en 2026.

L’analyse par canal révèle des disparités saisissantes. Si les particuliers ne perdent que 2 %, témoignant d’une relative résilience, les flottes plongent de 15 %, signe d’une prudence accrue des entreprises dans leurs investissements automobiles. Cette dichotomie illustre la complexité d’un marché à deux vitesses, où l’effet du leasing social vient temporairement masquer les fragilités structurelles.

Dans ce paysage globalement maussade, certains segments tirent leur épingle du jeu. Les berlines du segment B affichent de solides progressions, portées par les Renault 5 et Clio, tout comme les petits SUV du même segment B, illustrés par le Peugeot 2008, et les SUV du segment D, emmenés par le Peugeot 5008. Plus surprenant, le segment A, bien qu’en retrait de 28 % en janvier, connaît un regain d’intérêt grâce à des nouveautés de poids : la Renault Twingo IV électrique, la Toyota Aygo X hybride et la Fiat 500 mild hybrid. Ces minicitadines, longtemps délaissées par les constructeurs en raison de leur faible rentabilité, retrouvent une seconde jeunesse dans le contexte des discussions autour d’une catégorie inédite de modèles plus économiques, aux performances bridées et dépourvus des systèmes d’aides à la conduite qui ont contribué à l’inflation des tarifs.

Le marché électrique dopé par le leasing social

Au milieu de cette morosité ambiante, l’électrique fait figure d’exception éclatante. Sa part de marché atteint 28 % en janvier, un niveau record alimenté par la vague de commandes du leasing social lancées le 30 septembre dernier. Marie-Laure Nivot, responsable de l’analyse du marché automobile chez AAA Data, souligne ce phénomène : le dispositif d’aide à l’achat, combiné au bonus renforcé, brouille la lecture traditionnelle du marché et jouera pleinement sur le trimestre avant de s’estomper.

Les particuliers affichent une pénétration électrique de 31 %, tandis que les flottes atteignent 36 %, des niveaux remarquablement proches qui témoignent d’une démocratisation progressive. Sur le podium des modèles électriques, la Renault 5 règne en maître incontesté avec 3 952 immatriculations, suivie du Renault Scénic avec 1 945 unités et de la Peugeot 208 avec 1 666 exemplaires. Cette domination française se confirme au niveau des constructeurs : Renault s’impose comme leader avec 7 864 électriques immatriculées, soit une progression spectaculaire de 67 %, devançant Peugeot (4 219 unités, +52 %), Citroën (2 506, +41 %) et Volkswagen (1 738, +93 %).

Cette envolée de l’électrique se fait au détriment des motorisations thermiques, qui continuent leur inexorable déclin. Seules les hybrides légères MHEV s’en sortent avec une progression de 9 %. Les autres technologies électrifiées accusent toutes des baisses : les hybrides classiques HEV reculent de 8 %, les électriques à prolongateur d’autonomie EREV perdent 5 %, et les hybrides rechargeables PHEV cèdent 1 %.

Coup de frein sur le marché de l’occasion

Après une fin d’année 2025 encourageante, le marché de l’occasion bascule brutalement dans le rouge en janvier avec une chute de 10 % et un total de 413 525 transactions. Paradoxalement, toutes les motorisations électrifiées progressent dans ce marasme, l’électrique en tête avec une hausse de 11 % pour atteindre une part de marché de 3,6 %. Mais cette embellie ne pèse pas lourd face à l’effondrement des modèles thermiques, qui demeurent largement majoritaires : l’essence représente 38 % du marché avec un recul de 14 %, tandis que le diesel conserve 44 % mais plonge de 12 %.

Cette dégringolade intervient dans un contexte politique incertain. Le vote final de la loi de simplification, qui prévoit la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), a été reporté à mars, après les élections municipales. Cette incertitude règlementaire pèse sur les décisions d’achat, d’autant que l’adoption de cette mesure pourrait être censurée par le Conseil constitutionnel. En attendant, les véhicules concernés par les ZFE, classés Crit’Air 3 et plus, représentent encore 26 % des transactions de véhicules d’occasion en janvier, dont plus des deux tiers sont des Crit’Air 3 (18 %).

Un parc automobile qui vieillit

Au 31 décembre 2025, le parc automobile français comptait 42 490 450 voitures particulières, soit une progression modeste de 1 % sur un an. Mais le chiffre le plus préoccupant concerne son âge moyen, qui franchit désormais le cap symbolique des 12,3 ans, contre 11,9 ans fin 2024. Cette sénescence automobile révèle une fracture territoriale profonde entre métropoles dynamiques et zones rurales.

Côté motorisations, le diesel conserve une domination écrasante avec 47 % du parc, devant l’essence à 40 %. L’hybride grimpe à 9 %, tandis que l’électrique dépasse légèrement les 3 %, représentant 1,4 million de véhicules. Enfin, les SUV, pourtant installés au-dessus de 50 % sur le marché du neuf, ne constituent encore que 23 % du parc national, soit environ 10 millions d’unités, illustrant le décalage temporel entre les tendances d’achat et la composition effective du parc circulant.

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