Sony abandonne l’Afeela suite au revirement stratégique de Honda

La coentreprise Sony Honda Mobility est obligée d’abandonner le projet Afeela 1, la première voiture électrique du géant japonais du divertissement.

Texte : Gaël Angleviel / Images : SHM Afeela

La voiture Sony ne verra pas le jour

Sony Honda Mobility, la coentreprise née de l’union du géant japonais de l’électronique Sony et du constructeur automobile Honda, a annoncé mercredi qu’elle mettait un terme au développement de ses véhicules électriques Afeela, une décision qui s’inscrit dans le sillage du recul spectaculaire de Honda sur ses ambitions électriques.

Honda avait annoncé plus tôt ce mois-ci une dépréciation d’actifs pouvant atteindre 2 500 milliards de yens (15,7 milliards de dollars), conséquence directe de la révision à la baisse de ses plans sur la mobilité électrique. Un choc financier qui entraîne la firme vers sa première perte annuelle en près de 70 ans d’existence en tant que société cotée, un gouffre vertigineux pour un constructeur de cette stature.

Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont méthodiquement démantelé leur soutien aux véhicules électriques, tandis que la demande européenne s’est révélée bien en deçà des espoirs. Cette tempête parfaite a contraint des constructeurs comme Ford et Stellantis à enregistrer eux aussi de lourdes dépréciations.

Compliqué de s’improviser constructeur automobile

Pour Sony, l’abandon de l’Afeela s’inscrit dans une liste qui s’allonge inexorablement : celle des grands noms de la technologie qui ont tenté de forcer les portes du marché automobile électrique avant de battre en retraite, faisant la démonstration cruelle de l’hostilité de ce terrain pour les nouveaux entrants face à Tesla et aux rivaux chinois qui avancent à marche forcée. Apple avait déjà plié bagage il y a plus de deux ans, abandonnant un projet mûri pendant une décennie. À contre-courant de cette tendance, le fabricant chinois de smartphones Xiaomi a, lui, réussi son pari avec la berline SU7, lancée après plus de dix ans passés dans les tranchées de l’électronique grand public.

Sony Honda Mobility a expliqué que la décision de Honda avait privé la coentreprise de tout chemin viable pour porter les modèles Afeela jusqu’au marché, faute de pouvoir continuer à s’appuyer sur les technologies et les actifs attendus du deuxième constructeur automobile japonais. La structure a annoncé qu’elle rembourserait intégralement les clients californiens ayant réservé l’Afeela 1 (le premier modèle prévu) et qu’elle poursuivrait ses discussions avec Sony et Honda sur les prochaines étapes.

Les livraisons en Californie étaient pourtant attendues pour la fin de cette année, avec un second modèle basé sur un prototype plus récent ciblé dès 2028. Les commandes pour l’Afeela 1 avaient ouvert l’an dernier, à partir de 89 900 dollars, un prix de lancement ambitieux pour un projet qui ne verra finalement jamais le jour. Travis Lundy, analyste chez Quiddity Advisors, avait prédit peu avant l’annonce que l’Afeela était « condamnée à l’échec », qualifiant le projet de « bizarre projet de vanité » peu susceptible de devenir un pilier de l’avenir de Honda.

Dans un document réglementaire, Honda a précisé que l’impact sur ses prévisions financières consolidées annuelles révisées pour l’exercice se terminant ce mois-ci serait négligeable. Sony, de son côté, a également indiqué ne pas anticiper d’effet matériel sur sa situation financière. Sony Honda Mobility avait été créée pour marier l’ingénierie et les capacités de fabrication de Honda avec le savoir-faire de Sony en matière de logiciels et de jeux vidéo, une alliance censée permettre au duo de combler son retard sur les rivaux du secteur électrique. Ce mariage de raison s’achève aujourd’hui en divorce silencieux, laissant dans son sillage des promesses non tenues et des réservations remboursées.

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