Séisme chez VW : 100 000 licenciements et 4 usines menacées

Face à une tempête historique, le géant de l’automobile allemand Volkswagen envisage une restructuration d’une ampleur inédite pour sauver un modèle économique à bout de souffle.

Texte : Gaël Angleviel / Images : Volkswagen AG

Un coup de balai historique dans les usines Volkswagen

En bref :

  • Plan de choc : Jusqu’à 100 000 suppressions de postes envisagées dans le monde.
  • Fermetures historiques : Quatre usines majeures en Allemagne (Hanovre, Zwickau, Emden et Neckarsulm).
  • Du jamais vu : La plus grande restructuration industrielle de l’histoire de l’automobile moderne.
  • Investissements sabrés : Une réduction de 15 % du budget d’investissement sur cinq ans.
  • Menace chinoise : Une perte de vitesse dramatique face à la déferlante des constructeurs chinois en Europe et en Asie.

C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue le paysage automobile mondial. Selon deux sources proches du dossier, Volkswagen envisage de fermer quatre usines en Allemagne et de faire grimper le compteur des suppressions de postes jusqu’à la barre vertigineuse des 100 000 licenciements. Une purge sans précédent qui pourrait bien devenir le plus grand plan de restructuration jamais vu dans le secteur. Les membres du conseil de surveillance de VW ont déjà été mis dans la confidence. Ce projet de la dernière chance sera mis sur la table et débattu lors d’une réunion cruciale fixée au 9 juillet prochain.

Ce traitement de choc intervient alors que le constructeur se retrouve pris entre le marteau et l’enclume : d’un côté, la pression étouffante des rivaux chinois, de l’autre, les taxes douanières sévères imposées par les États-Unis sur les importations de véhicules, le tout saupoudré d’une baisse de régime de la demande sur le Vieux Continent. Pour la direction, le constat est sans appel : le modèle économique actuel a du plomb dans l’aile et n’est plus tenable. Dans le détail, rayer de la carte les usines de Hanovre, Zwickau, Emden ainsi que le site de Neckarsulm (propriété d’Audi) mettrait directement sur le carreau plus de 45 000 salariés. Ces coupes sombres viendraient s’ajouter aux 50 000 suppressions de postes déjà programmées sur les tablettes du groupe. Initialement, le tableau de marche était une suppression de « seulement » 35 000 postes, c’est pratiquement le triple qui est envisagé.

Du jamais vu depuis la faillite de General Motors

En sortant la calculatrice, licencier 100 000 personnes et sacrifier quatre cathédrales industrielles équivaut à un séisme d’une magnitude jamais enregistrée dans l’automobile. Pour trouver des points de comparaison, il faut remonter aux grands chambardements de General Motors lors de sa faillite en 2009, ou au début des années 1990, lorsque le géant américain avait sabré 74 000 emplois en quatre ans et mis sous clé 21 usines. Le grand patron de Volkswagen, Oliver Blume, a présenté les grandes lignes de ce plan de bataille à ses cadres supérieurs plus tôt cette semaine. Objectif : serrer les rangs avant de partir au feu. Car la pilule s’annonce extrêmement amère à avaler pour les syndicats et pour l’État de Basse-Saxe, deuxième actionnaire du groupe, qui comptent bien faire de la résistance.

C’est le magazine allemand Manager Magazin qui a levé le lièvre en premier. La publication révèle également que le numéro deux mondial de l’automobile prévoit de couper les vivres de ses investissements à hauteur de 15 %, pour les ramener à un peu plus de 130 milliards d’euros sur les cinq prochaines années. Oliver Blume et son directeur financier, Arno Antlitz, veulent refondre de fond en comble cette institution vieille de 89 ans. Le plan secret ? Scinder le groupe en isolant la marque historique VW d’un côté et les activités de pièces détachées de l’autre pour en faire des entités distinctes.

Suite à ces annonces, l’action Volkswagen a mordu la poussière en Bourse vendredi, tombant à son plus bas niveau depuis 16 ans (en baisse de 3,4 % à 13h35 GMT), signe que les investisseurs regardent ce plan d’un œil très sceptique. « Les coûts élevés ne sont qu’un symptôme, pas la cause du problème. On passe à côté de la racine du mal, qui est la faiblesse des ventes », tempère Ingo Speich, gestionnaire de fonds chez Deka et actionnaire de Volkswagen. « VW doit remettre sur le marché des produits sexy et désirables ; c’est cela qui sifflera la fin de la récréation sur le débat des coûts. »

Le bras de fer est engagé avec les syndicats

Du côté de Wolfsburg, un porte-parole de Volkswagen a botté en touche, refusant de faire le moindre commentaire sur des « documents confidentiels ». Il a tout de même concédé que « l’ensemble du groupe, marques et filiales comprises, doit entamer une mue profonde ». La réaction ne s’est pas fait attendre. Le comité d’entreprise de VW et le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall ont juré de sortir les griffes. Dans un communiqué commun publié vendredi, ils annoncent la couleur : « Si de tels plans devaient se concrétiser, nous ferions tout ce qui est en notre pouvoir pour dresser un mur contre eux. » Le ministre-président de Basse-Saxe a lui aussi enfoncé le clou en affirmant que son État ne donnerait jamais son feu vert.

De son côté, Porsche SE, la holding des familles Porsche et Piëch et premier actionnaire de Volkswagen, s’est murée dans le silence. Ce plan de restructuration va braquer les projecteurs sur la gouvernance très particulière de VW, où les représentants des salariés et la région ont un immense pouvoir de veto. Sur l’année financière 2025, les effectifs mondiaux du groupe grimpaient à 667 164 salariés, dont près de 43 % travaillent sur le sol allemand.

Ce n’est pas le premier coup d’essai d’Oliver Blume. En 2024, sa première tentative de fermer des usines en Allemagne s’était fracassée contre le mur des syndicats, l’obligeant à faire machine arrière toute. À l’époque, la direction avait évoqué la vente ou la fermeture de plusieurs sites pour éponger les surcapacités de production et pallier la panne de croissance des véhicules électriques. Cela avait déclenché une vague de grèves et un bras de fer interminable avec IG Metall.

La déferlante chinoise fait boire la tasse au géant allemand

Alors que la météo du marché automobile vire à l’orage, Oliver Blume se retrouve le dos au mur pour redresser la barre. La concurrence des constructeurs chinois est devenue sa bête noire. « Le groupe VW paie des années de surplace en matière de dégraissage des effectifs, à cause du cadenas mis par le gouvernement régional et les syndicats sur l’entreprise », analyse Matthias Schmidt, expert automobile indépendant. « Aujourd’hui, le retour à la réalité du marché frappe le colosse allemand de plein fouet. » Les grands constructeurs occidentaux perdent du terrain à vitesse grand V en Chine face aux modèles électriques locaux. Selon le cabinet AlixPartners, la part de marché des constructeurs non chinois s’est effondrée à 32 % en 2025, contre 57 % en 2020.

Après avoir squatté la première place du podium en Chine pendant des années, Volkswagen s’est fait détrôner par BYD en 2024, avant de dégringoler à la troisième place en 2025. Cette bérézina commence à contaminer les marques premium. BMW a d’ailleurs lancé un avertissement sur ses résultats la semaine dernière, pointant du doigt la baisse de ses ventes dans l’Empire du Milieu. Pour ne rien arranger, les constructeurs chinois ne se contentent plus de leur marché domestique. Ils s’attaquent désormais aux pays émergents et grignotent du terrain à toute vitesse en Europe, sur les terres de Volkswagen. BYD, Chery, SAIC ou encore Leapmotor ont vu leur part de marché combinée doubler en Europe par rapport à l’année dernière. Et ce n’est que le début de la vague : des dizaines d’autres marques chinoises sont déjà dans les starting-blocks pour débarquer sur le Vieux Continent.

Oh bonjour 👋
Ravi de vous rencontrer.

Inscrivez-vous pour recevoir une fois par semaine du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !