Histoires Insolites : 6 roues pour du fun mécanique !
Dans toute l’histoire automobile, quelques modèles ont essayé de se démarquer, voire d’être excentriques ! La meilleure façon de le faire, c’est esthétiquement, surtout quand on dispose de 6 roues !
Texte : Gaël Angleviel / Images : DR / Chrysler / Mercedes-AMG / Sbarro / Land Rover / Ford
Réinventons la roue, mettons-en 6 !
Le XXème siècle aura été celui des grandes révolutions de l’automobile, des prémisses balbutiants avec un moteur à explosion, à une ère beaucoup plus moderne post-deux guerres mondiales, on a connu tout type de déclinaisons de carrosseries, dédiées à différents usages ou besoins. Et dans cette quête industrielle et technologique, certains constructeurs ont eu parfois des velléités à se démarquer drastiquement de la concurrence, au point d’imaginer l’automobile tout à fait différemment.
Du type de combustible, aux différentes carrosseries plus ou moins longues, avec ou sans toit, d’un usage quotidien ou beaucoup plus sportif, certains ont décidé que 4 roues n’étaient pas assez. Et, des engins tout à fait loufoques à 6 roues ont pu voir le jour, certains sont restés à l’état de prototype, d’autres ont franchi le cap de la (petite) série, ou encore d’autres s’essayant à la compétition automobile. Voici une sélection de modèles dont vous ignorez peut-être l’existence !
Covini C6W (2004) : L’Italienne qui a vraiment osé
Imaginez un concepteur fou de génie italien, Ferruccio Covini, qui en 1974 dessine en secret une voiture avec six roues. Le projet tombe aux oubliettes jusqu’en 2004, moment où la technologie rattrape enfin l’ambition démentielle. Le Covini C6W surgit alors du néant comme un vaisseau venu d’un futur oublié. Cette bête rare (seuls 3 exemplaires ont vu le jour entre 2004 et 2016) réincarne le rêve fou des années 70 : convertir les enseignements de la Tyrrell P34 de formule 1 en voiture de route. Équipée d’un moteur V8 Audi de 4,2 litres délivrant 440 ch, elle atteint les 186 km/h avec une légèreté stupéfiante (1 150 kg seulement). Des petites roues à l’avant, des normales à l’arrière : c’est l’efficacité aérodynamique incarnée.
Covini arguait que six roues offrent davantage que du style : meilleure traction, freinage raccourci de 33%, sécurité accrue en cas de crevaison. Avec son châssis tubulaire et sa carrosserie en fibre de carbone, le C6W s’adresse aux milliardaires excentriques prêts à débourser 640 000 dollars pour rouler dans l’improbable. Révélée au Salon de Genève 2004, elle a d’abord été prise pour un canular. Aujourd’hui, elle demeure l’unique supercar 6 roues jamais validée pour la route.


Dodge RAM T-Rex (1997) : Le Tyrannosaure de Chrysler
En 1997, les ingénieurs de Chrysler font ce que personne ne demandait : transformer un Ram 3500 classique en monstre 6×6 doté de deux essieux tandem à l’arrière. Présenté au salon SEMA cette année-là, le T-Rex (« Technology Research Experimental ») restera à jamais le prototype oublié qui précéda de deux décennies les conversions 6×6 modernes. Boosté par un V10 Magnum 8,0l modifié craché à 497 ch, ce mastodonte sur roues était capable de sortir 593 Nm de couple, plus de puissance qu’une Dodge Viper.
Le génie du design : deux transferts de boîte indépendants, permettant au pilote de rouler en 4×4 permanent ou d’engager la 6×6 totale pour dompter les terrains les plus hostiles. Le président Bob Lutz proclamait : « Le T-Rex peut surpasser, remorquer, manœuvrer et franchir n’importe quel obstacle de sa catégorie. » C’était du baratin héroïque : jamais le projet n’a quitté l’étude théorique. Trop cher. Trop lourd. Trop… inutile. Pourtant, ce pick-up une seule fois produit scelle un héritage : Hennessey, Mercedes-AMG, et les constructeurs modernes lui doivent tous quelque chose.


Saab 906 Turbo (1984) : Le break suédois qui voulait trop
Quelque part en Suède, un fou visionnaire nommé Leif Mellberg regarde une Saab 900 GLS ordinaire et pense : « Pourquoi pas six roues… et le triple de la longueur ? » En 1984, le Saab 906 Turbo émerge, un break étiré de 60 centimètres supplémentaires, alourdi à la démesure, possédant une présence cauchemardesque dans les parkings. Ce n’était pas une création officielle de Saab, mais l’opus magnum d’un carrossier solitaire fasciné par les possibilités du châssis suédois. Avec 5,3m de long, équipé de chaque technologie futuriste que l’époque pouvait offrir : écran TV, deux réfrigérateurs, autoradio 16 hautparleurs, détecteur radar…
Le 906 Turbo n’était pas une voiture, c’était un manifeste d’absurdité roulante. Inspiré par les fourgons commerciaux à six roues des années seventies, Mellberg n’avait ni financement industriel ni soutien corporatif. Juste l’obsession d’un homme. La voiture a servi de machine promotionnelle, puis a disparu dans une casse suédoise au début des années 2000. Retrouvée décrépit, elle n’a jamais été restaurée. Aujourd’hui, c’est un fantôme nordique du design automobile.



