VivaTech 2026 et la mobilité : le plein de start-up
Comme chaque année, Vivatech a transformé Paris en vitrine mondiale de l’innovation. Et comme chaque année, la mobilité y tenait une place de choix. Après nous être intéressés par le passé aux démonstrateurs des constructeurs, comme l’offre Mobilize V2G de Renault ou la curieuse LIUX en carrosserie de lin, nous avons choisi « les jeunes pousses ». Elles ne fabriquent pas de voitures, mais se préoccupent de tout ce qu’il y a autour : la batterie, la recharge, la flotte, le vélo et même le rôle de l’État.
TotalEnergies, un stand transformé en pépinière
Présent à Vivatech depuis quatre ans, TotalEnergies n’était pas venu vendre du carburant mais montrer comment le groupe embrasse les sujets numériques liés à ses opérations multiénergies. Le cœur de son stand, c’était son programme d’accélération maison, TotalEnergies One, dédié aux solutions digitales de l’électricité, de la production renouvelable jusqu’à l’usage chez le particulier.
Le principe repose sur trois leviers. D’abord la promesse de tester les solutions des start-up en conditions réelles, sur les actifs du groupe (par exemple la maintenance prédictive sur des éoliennes). Ensuite une visibilité maximale : au terme des six mois d’accélération, les jeunes pousses pitchent devant le CEO et son comité exécutif. Enfin un accès à des bureaux à Station F et un mentorat avec l’incubateur HEC.
Beev, l’électrification des flottes clé en main
Justement, Beev est une des start-ups « Total ». Cette entreprise française, incubée à ses débuts par Total, existe depuis cinq ans et s’est spécialisée dans l’électrification des flottes d’entreprise de A à Z. Concrètement, elle accompagne d’abord sur le choix des véhicules, multimarque, en fonction des besoins des collaborateurs. Elle agit ensuite comme courtier pour décrocher les meilleurs contrats de leasing auprès des grands financeurs comme Arval ou Alphabet. Elle installe enfin les bornes de recharge, à la fois sur les sites des entreprises et au domicile des salariés, puis fournit un logiciel de gestion qui pilote les contrats, la facturation et les consommations.

Selon Beev, transformer un parc thermique en électrique permet en moyenne 30 % d’économie sur le coût total de possession (le fameux TCO), recharge comprise. Une promesse précieuse dans un environnement fiscal que l’entreprise juge « très instable », avec des mesures qui changent tous les deux à six mois. Avec une quarantaine de collaborateurs et une couverture nationale, Beev adresse aussi bien la TPE que les grands comptes, Carrefour figurant parmi ses références. La société a d’ailleurs bouclé 2025 avec 20 millions d’euros de volume d’affaires et plus de 6 000 bornes déployées, en plus d’une certification B Corp. Une jolie trajectoire.
ChargeViz, autre start-up Total
Charge Via aide les acteurs qui installent et opèrent des bornes comme Total Electra, à avoir un prix un peu plus intelligent.grâce à de la donnée et des algorithmes de prédiction de trafic. Cela aide l’opérateur pour savoir où mettre le curseur prix pour capter un maximum de demandes et à inciter les clients à venir surcharger le réseau à des plus creuses. Reste à savoir si cette approche signifie que le consommateur va payer moins cher électricité si le fournisseur d’électricité va s’enrichir… La réponse à cette question «est que « grâce à nous, les clients vont pouvoir venir la nuit pour se payer moins cher, ils vont pouvoir bénéficier d’un tarif qui sera plus adapté en fonction de la saturation s’ils sont dans un milieu rural, ce sera moins cher qu’en ville « explique Stanislas RILHAC, un des associés. « notre job c’est de mesurer à quel point les clients sont prêts à venir. »

Predeeption, l’IA qui ausculte les batteries
Le nom est un jeu de mots entre « prédiction » et le « deep » de deep learning, et il résume bien le propos. Issu des travaux du CNRS (le réputé laboratoire LRCS d’Amiens) et soutenu par CNRS Innovation et l’Inria Startup Studio, le projet Predeeption développe des modèles d’intelligence artificielle pour estimer très précisément l’état de santé des batteries lithium-ion installées dans les voitures, vélos et bus électriques. Surtout, il sait projeter dans le temps l’évolution de cette santé, à six mois, un an ou deux ans.
Les gestionnaires de flotte sont la cible, eux qui cherchent à optimiser leur retour sur investissement en revendant leurs véhicules au bout de trois ou quatre ans. « Notre rôle, c’est d’anticiper cette bascule et de leur donner des garanties sur l’état de santé de la batterie pour qu’ils puissent revendre de manière optimale », nous expliquait Arnaud Demortière, directeur de recherche au CNRS et cofondateur. La force du projet tient à son approche hybride, mêlant la physique de la dégradation interne de la batterie et le traitement de données souvent dégradées, récupérées en télémétrie. Des agents viennent ensuite en extraire des profils d’usage, de conducteur, de trajet et même d’environnement, car la météo et le style de conduite influent eux aussi sur la batterie. À terme, l’équipe vise une intégration directe dans le BMS, le calculateur qui pilote la batterie.

Jungle Bike, le Doctolib du vélo

Changement d’échelle avec Jungle Bike, qui assume sa filiation avec Doctolib, mais pour les deux roues. La plateforme met en relation un cycliste ayant besoin d’un entretien ou d’une réparation avec un réparateur, qu’il s’agisse d’un atelier nomade dans les zones peu pourvues ou d’une solution dans les grandes villes comme Lyon ou Paris, où les ateliers sont saturés.
Si le grand public connaît surtout la facette B2C, c’est en réalité le B2B qui constitue le gros de l’activité, avec des flottes à entretenir pour des entreprises comme BNP ou Decathlon. Florian DUFORU, un des associés, explique que « côté technique, on développe les algorithmes d’intelligence artificielle, on pilote la R&D et veille à la cohérence de la stack. » Quant au nom, il vient de la fondatrice Alice BATTAREL.
Propulse, quand le ministère des Transports accélère l’innovation

Dernière étape, plus institutionnelle, sur le stand de l’Ecolab du ministère des Transports. Amélie Pruvot, chargée de mission, y présentait le programme Propulse, qui accompagne les innovateurs des transports, qu’ils planchent sur des applications, des véhicules ou même des drones.
Le fonctionnement est celui d’un appel à projets, attendu courant septembre : sur une centaine de dossiers reçus, une vingtaine sont retenus. Les lauréats sont ensuite accompagnés pendant neuf mois par des experts du ministère, avec un appui juridique et une aide à la recherche de financement. La cible : des innovateurs situés entre 4 et 5 sur l’échelle de maturité technologique (TRL, qui va de 1 à 9), pas encore prêts à commercialiser mais désireux de passer à l’échelle. Le ministère ne finance pas directement, mais il déverrouille.
Texte et Photos : P. HORTAIL


