Volkswagen confirme supprimer des emplois et diviser sa gamme
Face aux tempêtes géopolitiques et à l’assaut des marques chinoises, le groupe Volkswagen valide un plan de restructuration draconien prévoyant la suppression de 100 000 postes et l’hécatombe de la moitié de son catalogue d’ici 2030.
Texte : Gaël Angleviel / Images : Volkswagen Group
Volkswagen : 100 000 emplois supprimés et sa gamme divisée
En bref :
- Cure d’austérité historique : Le groupe Volkswagen va supprimer 100 000 emplois dans le monde et sabrer la moitié de ses modèles d’ici 2030 pour réduire ses coûts de fonctionnement.
- Simplification drastique des catalogues : Le constructeur réduit la complexité de son offre de 75 % en sacrifiant ses déclinaisons de niche et ses finitions secondaires.
- Surcapacité industrielle en Europe : Avec une surcapacité de 500 000 véhicules en Allemagne, le géant allemand envisage de produire des modèles chinois dans ses usines européennes pour éviter des fermetures de sites.
Le géant de Wolfsburg enfonce le clou d’une restructuration sans précédent. Le groupe Volkswagen a officiellement scellé les contours de son drastique « Plan d’avenir 2030 », amputant son catalogue de la moitié de ses véhicules, simplifiant sa palette d’options de 75 % et sacrifiant pas moins de 100 000 emplois à l’échelle globale. Cette cure forcée vise à réduire massivement les coûts opérationnels pour réinjecter ses forces sur les marchés stratégiques nord-américain et chinois.
Lorgnant une marge opérationnelle de 9 % et des bénéfices annuels colossaux de 31 milliards d’euros à l’horizon 2030, le mastodonte allemand passe son appareil industriel au scalpel. L’élagage des gammes et la chasse au superflu ont déjà fait leurs premières victimes : de l’autre côté de la Manche comme sur d’autres marchés, des déclinaisons comme la Porsche Taycan Sport Turismo ou la Volkswagen Jetta ont été retirées du catalogue, tandis qu’Audi a définitivement enterré sa citadine A1 et son SUV compact Q2. C’est un seul modèle qui prendra le relais, la nouvelle Audi A2.
Cette vaste remise à plat implique une rationalisation extrême des programmes de développement, avec une réduction drastique du nombre d’architectures électroniques, de plates-formes et de systèmes logiciels. Tout en évitant les doublons d’ingénierie, la firme entend préserver une certaine souplesse géographique en scindant ses activités futures entre l’Occident et l’Orient. Dans ce grand ménage automatisé, certaines marques du groupe se retrouvent en première ligne : le destin de SEAT apparaît plus que jamais fragile face au virage hautement lucratif amorcé par Cupra.
Un élagage massif du catalogue et des effectifs
Au-delà du sacrifice des modèles, le volet le plus brûlant du plan concerne le rabot appliqué à la capacité de production mondiale, ramenée à 9 millions d’unités par an d’ici 2030 contre 12 millions au sortir de la crise sanitaire. En Allemagne, le constat est glacial : la capacité des usines dépasse la demande annuelle de 500 000 véhicules. Mais face au poids colossal des syndicats outre-Rhin, la fermeture pure et simple de sites industriels s’apparente à une mine politique hautement explosive.
Dans ce contexte tendu, la viabilité des usines emblématiques d’Emden, Zwickau, Hanovre ou Neckarsulm vacille. Pour éviter la friche industrielle, le groupe cherche désespérément des leviers de productivité, envisageant même de fabriquer en Europe des modèles initialement réservés au marché chinois, à l’image du SUV ID. ERA 9X. Interrogé en juin dernier à l’usine espagnole de Martorell, le PDG Oliver Blume évoquait la possibilité d’alliances stratégiques : « En tant que groupe Volkswagen, nous disposons d’opportunités uniques grâce à notre empreinte en Chine pour faire venir ces technologies en Europe, mais uniquement sur certains segments. Nous collaborons en Chine, mais il n’y a pas de discussions ni de projets concrets en ce sens pour le moment, car nous nous concentrons d’abord sur nos propres produits. »
Sur le front de la rigueur budgétaire, le dirigeant allemand met en avant les premiers fruits de cette politique d’austérité : « Nous avons réalisé une réduction de coûts de plus d’un milliard d’euros par rapport à l’an dernier, ce qui découle des accords conclus il y a deux ans. Nous progressons bien sur l’ajustement des effectifs : nous avions décidé d’une réduction de 50 000 postes en Allemagne, dont 18 000 départs déjà concrétisés chez Volkswagen à la fin de cette année. » À ces départs s’ajoutera une nouvelle coupe claire de 50 000 postes, touchant également l’encadrement, pour porter le bilan social à 100 000 suppressions d’emplois.
Entre surcapacité industrielle et guerre des prix mondiale
Pour justifier ce remède de cheval, la direction invoque la tempête parfaite qui secoue le marché automobile mondial : l’alourdissement des barrières douanières en Amérique du Nord, la montée en puissance foudroyante des constructeurs chinois et un climat géopolitique hautement instable. Il y a trois ans, le patron de la marque Volkswagen, Thomas Schäfer, avertissait que le toit de la maison brûlait ; si l’incendie semblait sous contrôle après une première vague de réorganisation, la contagion qui gagne aujourd’hui l’ensemble du groupe prouve que le feu couve toujours sous les cendres de l’empire automobile.


