Ford et Geely s’associent et sauvent l’usine de Valence
Après des mois d’incertitude, Valence a son miracle industriel. Ford et le géant chinois Geely s’associent pour reprendre l’usine espagnole du constructeur américain, vieille de 50 ans.
Texte : Gaël Angleviel / Images : Ford Motor Company
Une joint-venture Ford / Geely pour s’installer à Valence en Espagne
En bref :
- Une nouvelle joint-venture inédite : Ford (66%) + Geely (34%) reprennent Valence et sécurisent ses 8 000 emplois.
- Quatre nouveaux modèles en ligne : crossover multi-énergies Ford, Bronco SUV, deux électriques Geely d’ici 2029.
- Capacité de 500 000 véhicules/an : Ford et Geely comptent embaucher et maximaliser les chaînes de production.
En pourparlers depuis quelques temps, le géant à l’ovale bleu va sauver son usine espagnole de Valence en créant une nouvelle co-entreprise avec l’autre géant chinois, Geely. La recette : deux nouveaux SUV électriques Geely, un crossover multi-énergies Ford inédit, et un Bronco adapté au Vieux Continent, soit quatre véhicules neufs d’ici 2029. Tous fabriqués à Valence.
L’usine Ford de Valence venait de frôler le précipice. Construite en 1976, elle produisait le Kuga en solitaire, asphyxiée par la transition électrique et l’inflation des coûts. Mais jeudi matin, Jim Baumbick, patron de Ford Europe, annonçait l’impensable : la rédemption par association sino-américaine. Valence incarnait l’archéologie du constructeur américain en Espagne. Depuis 1976, ses chaînes avaient bercé les berceaux automotive : Fiesta (la révolution compacte), Escort (le chauffeur de taxi parisien), Ka (la citadine maline), Focus (l’hégémonie de la berline), Mondeo (la voiture mondiale), Galaxy et S-Max (les familiales géantes), Transit Connect (le fourgon qu’on oublie).
À partir de 2027, Ford et Geely piloteront ensemble l’usine espagnole via une joint-venture structurée ainsi : Ford 66%, Geely 34%. Pas d’amputation. Pas de délocalisation progressive mais tout l’inverse avec une ambition démente de remplir 500 000 places de production annuelles, soit dix fois le volume actuel du Kuga seul. L’histoire était savoureuse car en 2010, Geely avait acheté Volvo à Ford. Seize ans plus tard, les deux géants se retrouvaient à la table de négociation, cette fois pour construire ensemble. Baumbick l’admettait franchement : « Geely est très spéciale. Ce sera un partenariat vraiment spécial. »

Quatre modèles inédits pour relancer l’usine
D’ici 2029, quatre nouvelles machines sortiront des chaînes de Valence. D’abord, le Bronco SUV réorienté vers l’Europe, un clin d’œil à la légende américaine, assis sur la plateforme C2 du Kuga. Livraison 2028. Ensuite, le crossover multi-énergies Ford, un SUV de segment C inspiré d’un tout-terrain co-développé avec Geely, également 2028. Cependant Baumbick martelait : « Ce ne sera pas un véhicule rebadgé, c’est une architecture Ford unique, complètement différente du produit Geely. Nous ne construisons pas de voitures ennuyeuses. »
Puis arrivaient les deux SUV électriques Geely également pour assurer la pérennité de Valence à partir de 2028. Geely refusait de les nommer précisément, mais Victor Yang, vice-président senior, en pinçait pour l’ambition : « Pour être vraiment enracinés en Europe, nous devons produire en Europe. » Traduction : investissements massifs, localisation, intégration des talents continentaux.
Mais l’usine espagnole n’accueillera que quatre des cinq modèles promis. Pourquoi ? Parce que Ford préparait une symphonie européenne complète. Le Capri et l’Explorer électriques rouleraient depuis l’Allemagne sur la plateforme MEB de Volkswagen Group, une vieille alliance restait intacte, précisa Baumbick. Le Puma essence et électrique continuerait en Roumanie. Enfin, il y a également l’alliance scellée avec Renault pour assurer le retour de la Fiesta en Europe, sur la base technique de la Renault 5.
Geely s’installe en Occident : le calcul chinois
Pour Geely, Valence marquait l’entrée officielle à la table européenne. Après avoir acquis Volvo (Suède), LEVC (Royaume-Uni) et Lotus (Norfolk), le géant de Hangzhou s’implantait enfin sur le continent comme constructeur de masse. Victor Yang articula son rêve sans détour : « Dans cinq ans, entre un tiers et la moitié de nos ventes européennes seront produites en Europe. » Autrement dit, Geely pariait que les coûts chinois pouvaient être dupliqués dans une usine 100% occidents. Que l’expertise de Valence, ses 50 ans de chaînes de montage affûtées, et l’écosystème espagnol permettraient à Geely de battre ses concurrents chinois sur les prix. C’était le fond du deal : maximiser la fabrication locale, réduire les coûts de logistique, et offrir aux clients européens une voiture « faite en Europe » plutôt qu’un cargo depuis la Chine.


