Pourquoi Citroën n’a pas le droit à l’erreur avec le retour de la « 2 CV »

Une silhouette fidèle, attention à ne pas décevoir

La silhouette présentée par Citroën évoque très clairement les lignes de la 2 CV originelle, et le constructeur a rassuré : la nouvelle 2 CV respectera les lignes sacrées de sa devancière. On retrouve les ailes évasées, les phares ronds proéminents, et cette poupe en fer à cheval reconnaissable entre mille. Une silhouette haute, mais terriblement attachante. Citroën ne fera pas un simple badge marketing avec la nouvelle 2 CV, mais une vraie descendante. Attention à ne pas rater l’épreuve finale du design, car sur ce segment, on achète d’abord avec les yeux, la Renault 5 et Twingo peuvent en témoigner.

Le toit haut promet un habitacle étonnamment vaste pour une voiture de moins de 4 mètres, plus courte qu’une C3. Elle se positionnera face à la nouvelle Renault Twingo électrique et à la Kia EV1 attendue en 2028. Un détail cependant sur son dessin final, car Citroën prévient dans son communiqué que cette nouvelle 2 CV sera « inspirée par l’esprit de l’originale, et non par la nostalgie, ce futur véhicule incarnera les valeurs essentielles qui ont toujours défini la 2 CV : accessibilité, légèreté, praticité, polyvalence et un caractère distinctif sans équivalent sur la route. » D’ailleurs, à ce titre, il n’est pas encore convenu que le nom « 2 CV » soit utilisé, car à plusieurs reprises, elle est nommée comme « futur modèle », « inspiré de l’esprit de la 2 CV », « ce concept », c’est assez flou dans le discours de Citroën, d’autant que « 2 CV » ne s’inscrit pas la nomenclature actuelle des modèles de la gamme.

L’autre condition essentielle de ce futur modèle, est l’accessibilité promise dans son prix d’achat contenu autour des 15 000 €. Si le constructeur compte sur la nouvelle plateforme E-Car de Stellantis pour y parvenir, il existe d’autres contraintes à considérer. En évoquant le simplicité, quels sacrifices seront faits sur un modèle de ce segment A : les citadines. Les options d’info-divertissement seront-elles absentes ? On peut très bien imaginer que le véhicule fera l’impasse sur un grand écran tactile, dépourvu d’un système GPS, mais fera-t-elle fi d’une connexion Bluetooth, chère aux mélomanes pour diffuser leur musique depuis leur smartphone ? Avoir un sculpture extérieure prometteuse, et un intérieur dépouillé conviendra-t-il aux acheteurs de 2028, date à laquelle cette 2 CV arriverait sur le marché ? On a vu par le passé, avec le quadricycle léger AMI, comment Citroën parvenait à faire des économies d’échelle, un intérieur très basique suffira-t-il à pousser le chaland à signer le chèque (ou accepter la LOA) ?

L’héritage de la recette d’après-guerre ?

La 2 CV d’après-guerre avait mis la France sur roues, rappelle Xavier Chardon. « En 1948, la 2 CV a donné la liberté à des millions de personnes. En 2028, elle démocratisera la mobilité électrique. » Le concept sera dévoilé au Mondial de Paris en octobre, avant une production à l’usine de Pomigliano d’Arco, en Italie. Elle y côtoiera un autre modèle qui fera son retour, une future Panda que Fiat veut en digne héritière de celle des années 80. Pour Chardon, l’avenir n’appartient pas aux voitures complexes, mais aux voitures intuitives. « Ce qui compte, c’est d’être simplement pertinent. Avec la 2 CV, Citroën revient vers le futur. » Chardon l’a martelé : l’Europe a perdu 3 millions d’acheteurs depuis le Covid. 60 % de cette chute vient d’un fait simple : il n’existe plus de voitures neuves sous 15 000 €. Si la réglementation européenne M1E est validée fin 2026, Citroën sera dans les temps. La 2CV électrique entrera en production en 2028, prête à redevenir la voiture du peuple. Une boucle bouclée, 80 ans après la naissance de la légende.

Citroën va donc devoir réussir plusieurs paris avec sa 2 CV : le design, juge de paix et grand décideur du carnet de commandes, c’est le plus grand obstacle pour convaincre le futur acheteur. Outre le dessin extérieur, l’intérieur doit aussi convaincre, même si la destination du véhicule est vouée à un usage quotidien et urbain. La promesse du prix devra être tenue, l’accessibilité du véhicule à moins de 15 000 € pour démocratiser l’électrique sera aussi un gage de compétitivité face à la concurrence. Citroën s’attaque à un monument, ils n’ont pas droit à l’erreur.

Page 3 : Chrysler a déjà tenté la renaissance de la 2 CV

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