Ford envisagerait une berline Mustang dotée d’un V8
Ford ne regrette pas ses choix passés d’avoir stoppé les berlines, mais pourrait à nouveau considérer une expansion de la gamme Mustang avec une déclinaison 4 portes.
Texte : Gaël Angleviel / Images : modifiée avec IA Grok
Une déclinaison berline basse pour la Ford Mustang ?
Une déclinaison « berline » de la Ford Mustang existe déjà, elle se prénomme Mach-E et prend plutôt l’apparence d’un crossover électrique. Aujourd’hui, la gamme européenne de Ford ne compte plus aucune berline ! Il en est de même aux USA, plus aucune berline n’est présente dans la gamme, mais cela pourrait bien changer. Nos confrères d’Automotive News ont récemment interviewé Andrew Frick, président des divisions Ford Blue (thermiques) et Model e (électrique), afin de lever le voile sur les futurs plans de la marque. Contre toute attente, l’homme fort de Détroit s’est montré particulièrement bavard lorsqu’il a été interrogé sur le grand retour des berlines dans le catalogue, mettant le sujet de la Mustang sur le tapis de son propre chef.
« Il y a toujours une frange de la clientèle qui ne jure que par les berlines », a confié Andrew Frick. « C’est un vivier bien plus modeste qu’autrefois. Ce segment représentait jadis la moitié du marché, aujourd’hui nous oscillons plutôt autour de 16 ou 17 %. Or, nous possédons une formidable Mustang que les gens considèrent comme une vraie voiture. Notre but est clairement d’élargir la famille Mustang à l’avenir. » La Mustang Mach-E a connu une trajectoire singulière jusqu’à présent, plutôt mal accueillie par les puristes à son lancement, elle a rapidement mouché les sceptiques en éclipsant les ventes cumulées des versions coupés et cabriolets thermiques. Un tour de force commercial peu surprenant pour un crossover à batteries face à des sportives de niche, mais qui prouve de manière éclatante que l’émancipation du blason Mustang en dehors de ses frontières d’origine est une recette qui gagne.
Ce n’est d’ailleurs pas le premier pavé jeté dans la mare concernant l’agrandissement de la fratrie. En 2024, Ford avait déjà mis l’eau à la bouche de ses concessionnaires en leur présentant deux concepts secrets : un coupé à quatre portes et un baroudeur surélevé à transmission intégrale. Un an plus tard, la firme enfonçait le clou en déposant le nom de baptême « Mach 4 ». Une nomenclature qui s’emboîte à la perfection dans le sillage du Mach-E.
Ford, à l’heure d’une reconstruction de gamme
Que ce soit Ford US ou Ford Europe, les deux divisions historiques de l’ovale bleu ont de grandes ambitions pour regagner des parts de marché. Si en Europe, la disparition de la Fiesta a plombé les ventes du géant de Détroit, cette dernière va signer son retour également en version électrique, bien aidé par son partenaire Renault pour cette plateforme partagée. Il en sera de même outre Atlantique où le retour de la berline dans la gamme sera conditionné par la pertinence de son placement dans la gamme. « Pour que nous sautions le pas de la berline, il faut que ce projet s’insère de manière limpide dans notre portefeuille de produits », tempère Andrew Frick. « Il doit faire sens au sein d’une famille que nous exploitons déjà. Et surtout, l’opération devra se révéler extrêmement rentable. C’est notre cheval de bataille actuel pour l’ensemble de nos futures propositions abordables. Nous voulons des concepts séduisants, mais avec des coûts de revient encore plus attractifs. »
Si Ford choisit la voie du pragmatisme en transposant les mécaniques actuelles du coupé sous le capot de la berline, le pari de la rentabilité sera tenu haut la main. Une telle décision déclencherait instantanément un vent de folie chez les passionnés : l’idée d’un gargantuesque V8 de 5,0 litres logé dans une berline est une tentation hautement transgressive, qui deviendrait un chef-d’œuvre absolu si une boîte manuelle s’invitait à la fête. Certes, espérer une configuration à trois pédales relève peut-être du doux rêve, mais cela offrirait à cette berline un passeport de crédibilité immédiat pour arborer l’étalon sauvage sur sa calandre. Pour l’heure, Andrew Frick a gardé le reste de ses cartes bien cachées, mais l’assemblage de ce puzzle automobile dessine les contours d’une berline particulièrement attendue. Reste à savoir quand celle-ci verra le jour, mais l’espoir est permis.
Préparer l’après-SUV ?
Aujourd’hui, les constructeurs ne jurent que par le SUV, pourquoi ? Parce que la plateforme est très simple pour implanter les batteries dans le châssis et ainsi ne pas être pénalisé par une ceinture de caisse assez haute qui ne convient pas à une berline basse. En revanche, le dessin d’un crossover ou d’un SUV s’y accommode déjà beaucoup mieux. Mais peut-être que l’avènement des berlines basses chinoises et électriques changera la donne d’ici une décennie ou plus. De toute façon, il faudra tôt ou tard renouveler le genre automobile, et essayer de s’affranchir des SUV. Pendant près d’une décennie, la berline traditionnelle américaine a été déclarée cliniquement morte, et Ford n’a rien fait pour inverser la tendance. Aujourd’hui, le vent tourne et l’état-major semble revoir sa copie.
À la fin de l’année dernière, le grand patron de Ford, Jim Farley, avait déjà vendu la mèche en exprimant son vœu pieux de lancer une berline sportive typée propulsion, potentiellement basée sur la nouvelle architecture électrique modulaire Universal EV. Si Ford semble prêt à réinvestir des millions dans le développement d’une berline, Andrew Frick a tenu à préciser que l’entreprise ne nourrissait aucun remords quant à l’exécution passée de ses modèles traditionnels comme la Fusion ou la Focus aux États-Unis. Ce grand ménage avait à l’époque permis de libérer les fonds nécessaires à l’émergence de véritables poules aux œufs d’or comme le Bronco, le Bronco Sport et le pick-up Maverick.
« Sur certaines de ces lignes de produits, nous courions simplement pour faire de la figuration », a-t-il avoué sans langue de bois. « Nous avons pris ce capital pour l’injecter là où nous étions armés pour gagner. Sans ce choix sacrificiel, le Bronco n’existerait pas, et nous n’aurions jamais vu naître le Maverick ou le Bronco Sport. Nous n’aurions pas pu développer des gammes exclusives comme les finitions Tremor ou étendre l’appellation Raptor comme nous l’avons fait… Si c’était à refaire, je reprendrais exactement la même décision sans hésiter. »


