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Formula E : DS Techeetah et Da Costa champions : un succès à la française

A deux courses de la fin de la saison, l’écurie franco-chinoise et son pilote portugais avaient déjà raflé des deux titres de la discipline. Du jamais vu et une domination très nette, fruit des efforts d’une équipe recomposée avec succès.

Le CV de DS Techeetah

L’écurie DS Techeetah est composée de DS Performance, la branche motorsport de DS Automobiles (groupe PSA) et Techeetah, écurie de course chinoise qui a racheté la licence d’Aguri en 2016, et qui roulait jusqu’alors avec un moteur Renault et un statut d’écurie cliente. Une combinaison qui lui a bien convenu car elle a gagné le titres Pilotes avec Jean-Eric Vergne lors de la saison 2017-2018.

Ce qui a ensuite changé la vie des deux entités, c’est d’un côté l’arrivée d’un constructeur, qui ouvre droit à 13 jours d’essais en plus par saison, et d’un autre un vrai partenariat pensé avec anticipation, aussi bien sur le plan marketing que du choix des pilotes. Au milieu de tout cela, il fallait aussi que la mayonnaise prenne entre les ingénieurs de Techeetah et ceux de DS, qui sont tous français mais avec des habitudes totalement différentes : en mode start-up chez Techeetah, et plutôt multinationale ultra normée chez DS Automobiles.

Le pari n’était donc pas gagné mais, indéniablement, DS Performance s’est bien mieux entendu avec Techeetah qu’avec Virgin Racing, dont ils s’étaient séparés à la fin de la saison 4. D’ailleurs, les résultats n’ont pas mis longtemps à arriver, puisque l’écurie franco-chinoise a gagné les deux titres dès leur première année ensemble (avec Jean-Eric Vergne champion pour la deuxième fois), avant de rééditer leur exploit cette saison, cette fois avec Antonio Felix Da Costa, JEV terminant 3ème à un petit point de la place honorifique de vice-champion. 

Pourquoi sont-ils si forts ?

L’explication serait un peu simpliste si on indiquait que l’écurie bénéficie de la meilleure paire de pilotes. Bien entendu, c’est un élément qui compte, et dans le cas de DS Techeetah, on peut dire qu’ils ont toujours fait les bons choix. D’abord avec JEV et André Lotterer, qui n’a pas su résister aux sirènes de Porsche, puis ensuite Antonio Felix Da Costa, qui était pourtant pilote officiel BMW, mais qui préfère visiblement sa vie d’aujourd’hui à l’encadrement germanique.

Mais le vrai secret de l’équipe, c’est plutôt la cohésion, l’engagement, le travail, et cette envie commune de gagner, sûrement très forte ailleurs aussi mais tellement incroyable ici. En sport automobile, comme dans toute compétition en général, il faut que tout marche bien, mais au même moment. Tout mettre ensemble. Et c’est ce qu’a le mieux réussi à faire DS Techeetah. Mais pour que les choses bien orchestrées, il faut un chef. Côté Techeetah, qui gère les contrats pilotes, le marketing et une partie de la communication, c’est Mark Preston.

Côté DS Performance, le maître d’œuvre de la machine s’appelle Thomas Chevaucher. En sa qualité de directeur technique, il valide tout ce qui doit l’être dans la conception et le développement de de l’engin, mais aussi dans son exploitation.

Mais le vrai chef d’orchestre, c’est Xavier Mestelan Pinon, le directeur de DS Performance qui apparait comme la pierre angulaire du dispositif. Pur produit PSA, auparavant en poste chez Citroën Racing, il a rencontré le succès partout où il est passé. Quand Sébastien Loeb a été engagé en rallye chez Citroën, la première personne à être montée avec lui avec lors des tests, à la fin des années 90, c’était « XMP ». Les deux hommes ne sont ensuite jamais quittés, jusqu’au 9 titres du champion alsacien et de son comparse Daniel Elena.

Ensuite, il a piloté l’aventure WTTC avec Citroën, un championnat du monde sans grande concurrence mais où José Maria Lopez sera trois fois champion du monde. Il deviendra ensuite pilote en FE, notamment avec DS Virgin Racing, mais aussi en WEC avec Toyota.

Puis c’est l’arrivée en Formula E. Avec Virgin Racing, et donc un moteur déjà dessiné par les anglais pour l’année suivante. Virgin gère également les contrats pilotes. Mais rien ne passe comme prévu, et rapidement DS souhaite quitter Virgin, qui leur a néanmoins apporté une visibilité marketing importante. A la fin du contrat Virgin est devenue une écurie cliente (moteur Audi) et le constructeur français s’est allié avec Techeetah, principalement composée d’ingénieurs français, ce qui a facilité les choses.

Au travers de la combinaison Mestelan Pinon/Vergne/Da Costa, mais aussi de tous les collaborateurs dévoués qui les entourent, DS Techeetah est devenue l’équipe la plus forte jamais vue en Formula E. Avant elle, Renault e.dams et Audi Sport Abt Schaeffler ont eu leur heure de gloire. Mais le niveau n’était pas le même, et des équipes comme Jaguar, Mercedes ou Porsche n’étaient pas là. A Berlin, en signant début août 4 des 6 pole positions, et en remportant 3 des 6 E-Prix de fin de saison, DS Techeetah a ridiculisé les écuries allemandes qui jouaient à domicile. C’est ce que l’histoire retiendra, en attendant la saison prochaine.

Didier LAURENT

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